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triade chinoise

  • Relations France-Chine: légion d'honneur?

    Un criminologue pro-peine de mort, le grand censeur de la presse chinoise, le roi du jeu de Macao, milliardaire et mafieux notoire, c'est le tableau de chasse, très incomplet, des élites chinoises décorées par la France ces dernières années. Autant de médailles douteuses délivrées sur fond d'une réconciliation franco-chinoise sans conditions.
    Chaque jour qui passe, la France et son éminent président prennent pleinement la mesure de l’honorabilité des élites chinoises. Jumelé avec le parti de Mao depuis octobre 2009, l’UMP avait montré la voie en devenant parti-frère avec le Parti Communiste Chinois à l’occasion d’une visite de Xavier Bertrand, qui à l’époque avait signé  un protocole pour «une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d'échanges» entre les deux formations politiques. Une façon de rattraper l'incident de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï Lama en début d'année.

    Mais l’UMP et l’exécutif le savent, il n’y a que des preuves d’amour. Et quelques marques d’amitié ne suffiront pas à ranimer la flamme des contrats entre Pékin et Paris. Les remises de médailles font partie de ce processus de reconquête. Les officiels français épinglent à tout va, presque les yeux fermés.

    Limite si l’ambassade de France à Pékin n’est pas devenue une usine à décorer. On ne regarde ni à la dépense, ni le détail des CV des futurs épinglés. A leur décharge, les conseillers de l’ambassade maîtrisent de moins en moins la langue de Confucius et dans certains services, les Français en mesure de valider ce qui sort de l'ambassade en chinois sont de moins en moins nombreux.

    La légion d'honneur au grand censeur de la presse chinoise

    Ainsi, comme l’avait signalé Marianne2.fr, en février 2010, le criminologue et proche de Nicolas Sarkozy Alain Bauer avait fait le déplacement à Pékin pour remettre les insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à l’un de ses collègues, Monsieur He Bingsong, directeur du Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé, accessoirement farouche défenseur de la peine de mort dans son pays. Rien que de très banal en Chine, mais de là à lui mettre le hochet à la boutonnière…Presque une tradition à l’ambassade de France.

    Dans son livre Les Diplomates, le journaliste Franck Renaud rapporte une anecdote datant du 3 avril 2007 : « Ce jour là, Hervé Ladsous, actuel ambassadeur en poste à pékin remet la légion d’honneur à un officiel chinois, M. Long Xinmin. Pas n’importe qui : alors membre suppléant du comité central du Parti Communiste, l’homme dirige depuis fin 2005 l’Administration générale de la presse et de l’édition, trente cinq ans après avoir débuté comme reporter à la Radio de Pékin. A ce titre, c’est lui qui « gère » la censure et transmet les consignes des autorités  aux journaux. C’est encore lui qui peut fermer un titre ayant déplu ». Franck renaud raconte que l’ambassadeur ne manquera pas de souligner l’importance d’une information plurielle et fiable dans un état de droit. Il n’empêche, cette remise de distinction gêne. Après la révélation de cette décoration par le site aujourdhuilachine.com , l’information disparaîtra du site de l’ambassade. La légion d’honneur, ça pardonne pas, chantait Brassens.

    Le parrain des jeux de Macao, Grand commandeur

    Mais les décorations de personnages douteux ne datent pas d’hier.Ainsi le 15 décembre 2004, un certain Stanley Ho était élevé au rang de Commandeur de la Légion d’honneur. Information confirmée par l’Ambassade de Chine. Peu connu dans nos contrées, Stanley Ho n’est pas n’importe qui: c'est le magnat des casinos de Macao. Classé 86ème plus grosse fortune mondiale en 2006 par Forbes. Crise oblige, il a dégringolé en 2009 à la 701ème mais s’est déjà refait une petite santé en 2010 dans les paris en ligne en remontant à la  488ème place avec une fortune estimée à 2 milliards de dollars.

    On se doute que dans le milieu des casinos, gravitent peu d’enfants de chœur, mais celui que l’on surnomme le « roi du jeu » serait au mieux avec les triades chinoises, notamment la « 14K », la plus puissante d’entre elles. Il aurait aussi des relations douteuses en Corée du Nord, où il fait également tourner des casinos… C'est du moins ce qu'affirmait le rapport d'une administration américaine rendu public en avril 2010.

    Pourquoi lui remettre le « fatal insigne » ? En Chine, Stanley Ho est une institution. « Au mieux avec les autorités de Pékin », selon Arnaud de la Grange, correspondant du Figaro en Chine. Depuis 2008, il est d'ailleurs membre de la CCPPC (Conférence consultative politique du peuple chinois). En 2007, il a déboursé 8,8 millions de dollars pour acquérir une tête de cheval, l'une des fameuses pièces pillées au Palais d'Été de Pékin en 1860 par les troupes franco-britanniques et qui ont fait tant parler d'elles lors de la vente de la collection Bergé Yves Saint Laurent. Avant de l'offrir à la Chine, qui a salué un « geste patriotique ».

    La longue marche vers la réconciliation

    Plus récemment, en avril 2009, c’est sa fille Pansy Ho, qui s’est vue remettre les insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite par Dominique Bussereau himself. Elle joue, selon le site du consulat,  « depuis de nombreuses années, un rôle important dans les relations entre la France, Hong-Kong et Macao ». Pas uniquement.

    Héritière de son père, l'ambitieuse Pansy Ho a ouvert en 2008 le MGM Grand Macau Casino en partenariat avec le géant américain des casinos MGM. Mais en avril dernier, MGM était sommé par les autorités du New Jersey de renoncer à un partenariat avec Pansy Ho. Les enquêteurs du New Jersey, deuxième capitale du jeu, estiment que Pansy Ho est une femme de paille et que 90% des fonds qu'elle a apportés à la coentreprise l'ont en fait été par son père suspecté également d’être impliqué dans le blanchiment d'argent, la prostitution et de «permettre au crime organisé d'opérer et de prospérer dans l'enceinte de ses casinos». La France ne s’embarrasse pas de ces considérations et serait coutumière de ces décorations pas toujours très recommandables.

    Instaurer un dialogue ininterrompu, pragmatique, avec des états qui bafouent les droits de l’homme est une chose, rendre les honneurs à des parrains du jeu, mafieux notoires en est une autre.
    Un criminologue favorable à la peine de mort ,le grand censeur de la presse chinoise, et des parrains du jeu, une « légion du déshonneur » qui montre à quel point la diplomatie française déjà décrite comme sino-béate a bien compris le message. Engagée dans une longue marche vers la réconciliation, elle a définitivement courbé l’échine face aux « élites » de l’empire du milieu et les menaces de sanctions commerciales régulièrement brandies par la nouvelle superpuissance chinoise. On se rappellera les mots de Jules Renard : « En France, le deuil des convictions se porte en rouge et à la boutonnière ».

     

    Tiré de: http://www.marianne2.fr/Relations-France-Chine-la-legion-du-deshonneur_a195809.html?com

     

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