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pratiques religieuses

  • Faire le Ramadan en Chine: un droit mais pas pour tous

    Pendant longtemps interdit comme toutes les pratiques religieuses, le jeûne pratiqué par les Musulmans de Chine est désormais toléré. A condition toutefois de ne pas être un étudiant ouïghour au Xinjiang.

     

     

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    Un homme installe les tables pour la rupture du jeûne dans la cour de la mosquée de la "rue du boeuf"

    De l'extérieur, cela ressemble à s'y méprendre à un temple chinois. Pourtant, l'enfilade de toits traditionnels qui domine la "rue du boeuf" n'en est pas un. "Notre mosquée est particulière, elle est le reflet d'une influence chinoise, mais la forme du bâtiment n'a pas d'importance. Le principal est d'avoir Allah dans son coeur" explique aux curieux Wei Chunjie, imam de la mosquée de Niu Jie, la plus ancienne de Pékin.


    En cette fin d'après-midi, les préparatifs vont bon train pour la rupture du jeûne, qui aura lieu dès la tombée de la nuit: d'abord une première collation, puis une prière, puis le dîner. Durant le mois saint du Ramadan, la coutume veut que les fidèles se retrouvent pour partager le dîner. "Chaque soir, près de 400 personnes se rassemblent ici", explique Bai Jia Li, qui tient un petit commerce dans la mosquée. "Durant 15 heures chaque jour, on ne peut ni boire ni manger, ce n'est pas facile. Alors à la tombée de la nuit nous aimons nous retrouver, le Ramadan est un temps de partage" dit cette femme originaire de la province du Hebei, qui jouxte la capitale.

    Mme Bai respecte strictement le jeûne. "Le plus éprouvant est de ne pas boire de la journée" confie-t-elle. Son fils, lui, ne s'impose pas cette rigueur "parce qu'il étudie, il est en médecine, et ses études doivent passer avant toute autre chose". Dans la capitale chinoise, nombreux sont les Musulmans à faire comme lui. "Si vous allez à Xi'An, où vit une importante communauté musulmane, les gens sont très pratiquants, mais ici à Pékin beaucoup moins" dit Bai Jia Li.


    Un constat que partage l'imam de la mosquée de Niu Jie. "Certaines personnes commencent symboliquement puis arrêtent après quelques jours. Sur cent personnes, je dirais qu'une vingtaine fait complètement le Ramadan" dit-il. Si ce chiffre prend en compte les enfants et les personnes âgées, dispensés de jeûne, le nombre de fidèles ne faisant pas le Ramadan reste toutefois élevé dans la communauté de Niu Jie, qui compte une dizaine de milliers de Musulmans.


    Une situation qui s'explique par un mode de vie dans lequel la spiritualité est reléguée au second plan. L'évolution économique du pays au cours des trois dernières décennies a favorisé le matérialisme, pas la religiosité. A cela s'ajoutent des causes historiques. Dans la capitale, comme partout en Chine populaire, les autorités ont longtemps dissuadé les gens de pratiquer leur religion, la foi ne faisant pas bon ménage avec le marxisme. Révolution culturelle oblige, les portes de la mosquée de Niu Jie sont restées closes dix ans, jusqu'au tournant de la mort de Mao.


    "Mais tout cela c'est du passé" dit l'imam, qui assure que les citoyens chinois sont désormais libres de faire le Ramadan s'ils le souhaitent. Deux agents de police passent dans la cour située devant le bureau de l'imam. "La police respecte la religion. Demain, elle viendra nous aider à organiser une fête et les agents du quartier doivent même acquérir des connaissances de base sur l'islam" insiste-t-il.


    Le Parti communiste chinois (PCC) garde toutefois un oeil sur les pratiques religieuses. Elles ne sont plus interdites mais la méfiance persiste à l'égard de toute activité susceptible de détourner les citoyens d'un patriotisme synonyme pour lui de légitimité, voire de remettre en cause son monopole politique, comme ce fût le cas du mouvement du Falun Gong en 1999. En Chine, la religion se pratique sous l'égide de l'état. Il se charge des nominations dans le clergé ou de la traduction et de l'édition des livres saints.


    Le Ramadan est récupéré par la propagande. "Pendant ce mois, le gouvernement communique beaucoup sur l'unité entre Hans et ethnies minoritaires" explique Wei Chunjie.


    Malgré l'insistance du président Hu Jintao sur l'harmonie qui règne sur l'ensemble du territoire, le droit au jeûne n'est pas accordé uniformément en République Populaire de Chine. Le Ramadan est largement toléré dans des régions où l'intégration des Musulmans au reste de la population n'est pas problématique. En revanche le gouvernement tente d'empêcher le jeûne dans les provinces où la cohabitation entre ethnies minoritaires et Hans est plus difficile, notamment au Xinjiang, province autonome à l'extrême ouest de la Chine où vit la minorité ouïghoure. Le Ramadan, l'un des cinq piliers de l'islam, y est perçu par les autorités comme un signe distinctif, non seulement religieux mais ethnique, qu'il faudrait effacer par crainte du séparatisme.


    "Au Xinjiang, les cadres du Parti, les employés du gouvernement, les étudiants et le personnel éducatif ne sont pas autorisés à pratiquer une activité religieuse. Il n'y a aucune ambiguïté là-dessus" explique Nicolas Bequelin, chercheur pour Human Rights Watch à Hong Kong.


    "Depuis plusieurs années, la campagne contre le Ramadan chez les étudiants ouïghours s'est intensifiée. Ces derniers sont vivement dissuadés de sauter le déjeuner. Ils sont explicitement prévenus par les autorités et doivent prendre leurs repas à la cantine. Quant aux professeurs musulmans, ils sont particulièrement invités à des déjeuners officiels au cours de cette période" poursuit M. Bequelin, selon qui une lettre d'avertissement a par exemple été envoyée aux parents d'un lycéen ouïghour ayant refusé de manger un midi à la cantine. Conséquence de cette politique, le Ramadan est plus respecté par les personnes âgées, sur lesquelles le gouvernement a moins de moyens de pression.



    "La Chine fait de grands efforts pour se donner l'image d'un pays qui respecte les pratiques religieuses. Si vous demandez au gouvernement, il vous répondra que la Chine respecte les activités religieuses si elles sont pratiquées dans le cadre légal. Or ce cadre est extrêmement restrictif" conclue-t-il.



    L'article 36 de la Constitution chinoise est placardé à l'entrée de certaines mosquées du Xinjiang. Il précise qu'aucun individu ne peut forcer un citoyen à avoir une religion. Une manière de dissuader les fidèles dépendant du gouvernement pour leur travail ou leurs études d'accorder trop d'importance à l'Islam. Paradoxe, le même article stipule que "les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté de religion" et que "l'Etat protège les pratiques religieuses ordinaires".

     

    Tiré de Aujourd’hui la Chine : http://www.aujourdhuilachine.com/actualites-chine-le-ramadan-en-chine-un-droit-mais-pas-pour-tous-11988.asp?1=1

     

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