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plaque tournante du marché de la prolifération

  • Pyongyang, plaque tournante du marché de la prolifération

    Alors que la Corée du Nord tirait une fusée au-dessus de l'archipel japonais, le régime de Pyongyang diffusait cette photographie non datée de Kim Jong-il inaugurant un théâtre récemment rénové dans sa capitale.
    Alors que la Corée du Nord tirait une fusée au-dessus de l'archipel japonais, le régime de Pyongyang diffusait cette photographie non datée de Kim Jong-il inaugurant un théâtre récemment rénové dans sa capitale. Crédits photo : AFP

    Les astucieux bricoleurs nord-coréens ont su s'approvisionner auprès de la Russie, de la Chine et du Pakistan, avant d'exporter leur savoir-faire vers la Syrie, la Libye, l'Iran et d'autres.

    Au commencement, le programme balistique nord-coréen doit beaucoup aux scientifiques doués de l'ex-Union soviétique. Dès la fin des années 1970, l'URSS fournit des missiles tactiques à Pyongyang. Les experts estiment cependant que les premiers Scud B lui auraient été donnés par l'Égypte en 1976. C'est sur les bases de ces Scud B et C que les Nord-Coréens vont se livrer à d'ingénieux bricolages. Et les cerveaux bien faits du complexe militaro-industriel soviétique vont apporter leur précieuse contribution, avant que des efforts soient entrepris pour stopper cette coopération. En octobre 1992, les services russes interceptent ainsi une soixantaine d'ingénieurs soviétiques à l'aéroport moscovite de Sheremetyevo, alors qu'ils s'apprêtaient à décoller pour Pyongyang.

    Spécialisés dans les missiles balistiques sous-marins, ils étaient poussés à aller vendre leur savoir à l'extérieur par la fin de la guerre froide. Un peu plus tard, un général nord-coréen est déclaré persona non grata en Russie par l'Administration Eltsine. Mais il est évident que les mailles du filet n'ont pas été étanches et que les échanges pendant l'ère Gorbatchev ont été nourris. L'autre apport technique au programme nord-coréen est venu d'ingénieurs chinois.

    La Corée du Nord a vite appris. Et on la retrouve sur l'immense toile du réseau Khan, du nom du père de la bombe atomique pakistanaise. Cette «multinationale de l'atome», qui a notamment tant aidé Téhéran sur la voie du nucléaire militaire, a aussi accroché le client nord-coréen. Avec une particularité : cette fois-ci, les échanges se font dans les deux sens. Nucléaire contre missiles.

    Au milieu des années 1990, forcé de geler sa filière plutonium pour cause d'accord avec Washington, Kim Il-sung saute sur l'occasion de développer une autre filière clandestine avec les discrètes centrifugeuses du docteur Khan. Ce dernier aurait fait lui-même au moins dix fois le voyage à Pyongyang. Et si les Nord-Coréens vont recevoir des centrifugeuses P1, et même P2 comme l'a révélé le président Musharraf dans ses Mémoires, ils fournissent en échange à Islamabad des missiles Nodong qui vont être rebaptisés Ghauri.

     

    Un effet pervers de la mondialisation

    En s'attaquant aux liens entre le régime de Pyongyang et la banque Banco Delta Asia, établie à Macao, les services américains ont mis en lumière la complexité des réseaux, qui s'appuient en partie sur des opérations commerciales ou financières licites. La Corée du Nord a beau être le régime le plus fermé de la planète, elle a su se servir de la mondialisation des outils financiers…

    Au-delà de leur signification politique et militaire, les missiles sont ainsi le premier et le seul vrai produit d'exportation de la Corée du Nord. Pyongyang est en effet loin de se contenter de sa consommation personnelle, mais s'est imposé comme l'une des principales sources de prolifération dans ce domaine. La Libye, la Syrie, le Yémen et surtout l'Iran sont tous allés un jour faire leurs courses à Pyongyang. Ce marché est estimé entre 500 millions et un milliard de dollars par an. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si lors des négociations de 1999, les Nord-Coréens avaient demandé un milliard de dollars aux Américains pour geler leur programme. Le prix du «manque à gagner».

    L'arsenal balistique de Téhéran, au cœur de l'autre grande crise de prolifération du moment, doit ainsi beaucoup au commerce avec Pyongyang. Si au milieu des années 1980, les premiers achats de Scud iraniens avaient été faits auprès de Damas et de Tripoli, le régime des mollahs s'est tournée vers l'Asie du Nord pour passer la vitesse supérieure et se doter de missiles de type Scud C. Le fameux programme iranien de missile Shabab 3 aurait ainsi été développé à partir de l'achat sur étagère d'un missile Nodong nord-coréen.

    La veille désormais très vigilante des services de renseignements occidentaux et le renforcement des contrôles rendent aujourd'hui plus difficiles les échanges sur ces réseaux noirs de la prolifération. Mais, l'an dernier, le raid israélien sur le site syrien d'al-Kibar a montré que certains estiment la menace encore vive. La chasse israélienne aurait en effet eu pour cible un réacteur nucléaire en construction avec l'aide du régime nord-coréen. Et des révélations israéliennes - dont les Japonais s'étaient fait largement l'écho - laissent penser que la coopération entre Damas et Pyongyang a été riche sur les volets tant nucléaire que balistique.

    Tiré du Figaro.fr

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