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  • «Avant le ciel était bleu et les eaux pures» Rencontre avec Samuel Bollendorff, photographe. Partie 1

    Un homme regarde au loin, un enfant dans els bras dans la lumière du coucher du soleil
    Samuel Bollendorff

    Il y a quinze ans, Samuel Bollendorff a visité la Chine. Douze ans plus tard, il y retourne. La ville de Pékin a été rasée puis reconstruite et trois mille buildings sont apparus à Shanghai. De ce voyage est né le projet sur la «déferlante économique» qui risque d’abattre la Chine et le monde entier.  Avec l’aide du ministère de la Culture, il mène une enquête.

    Pendant trois ans, il réalise une série de voyages sur les ouvriers et les paysans qui recommencent chaque jour le soi-disant miracle économique chinois. Par des textes simples et touchants accompagnant les photos de son exposition, Samuel Bollendorff dévoile la face obscure du miracle économique chinois. Violence contre les êtres humains, dévastation de la nature, un pays millénaire gouverné par la mafi a qui se sert du pire capitalisme pour maintenir un régime communiste.

    Ce n’est qu’une partie des révélations déjà connues par tous de cette exposition bouleversante.
    On a déjà entendu parler des ouvriers surexploités qui travaillent dans les usines de jouets dans des conditions inhumaines.
    On a déjà entendu parler des barrages, des milliers d’expropriés de leurs terres, se trouvant sans abri, sans emploi.
    On a déjà entendu parler des mineurs enterrés dans les mines de charbon, qui ferment et rouvrent leurs portes à cause de la corruption.
    On sait qu’il n’existe aucune liberté d’expression ni liberté d’information.
    On sait qu’il y a une pression politique violente et que ceux qui se plaignent sont condamnés aux camps de travail forcé quand ils ne sont pas simplement condamnés à mort.

    On a déjà vu les images des exécutés. Mais tout ça, on l’avait entendu de loin, et les images étaient floues. C’était encore, d’une certaine façon, abstrait.

    Et puis on a réagi: «Mais tout de même, la Chine a fait un grand progrès» ou «c’est déjà beaucoup mieux que ce qu’on voyait», ou bien «comment voulez-vous gérer un aussi grand pays sans un régime totalitaire». Vaines tentatives de justifier l’injustifiable.
    Samuel Bollendorff donne forme à l’abstrait et à l’information. Il donne un visage, un corps, des mains et des jambes à tout un peuple opprimé par un régime anachronique. Il rend sa voix à tout un monde bâillonné. Il nous met nez à nez avec les mains d’une mère tenant le portrait de son fi ls assassiné par l’État. Il nous plonge dans les yeux des ouvrières surexploitées, faisant résonner leur histoire dans nos consciences. On a vu l’image de la rivière polluée.


    On connaît l’histoire des tombeaux aménagés soigneusement selon des méthodes traditionnelles pour être bientôt engloutis sous les eaux du barrage.
    On connaît le nom de ce jeune garçon de six ans forcé de boire une eau qui le tuera à coup sûr. Il s’appelle Li Xiao Dong.
    On connaît les deux gardiens de la propagande du régime communiste se faisant passer pour des journalistes.
    On les voit en action. On connaît le vice-gouverneur du village de Xiditou qui sème la terreur. Il s’appelle Hou Junwei.

    On connaît également le vice-directeur général du bureau d’information d’État. Une fois que l’on s’est approché de ces noms, de ces visages, de ces corps, de ces paysages et de ces histoires, l’histoire nous met face à nos responsabilités.
    Des légendes accompagnent les images dans un style lapidaire : « Sa mère est morte il y a quatre jours. Son père a dû vendre toutes ses terres, le frigo, la télé, la moto pour s’acquitter des factures de l’hôpital. Il devait toucher des indemnités, mais le gouvernement local a détourné l’argent. Il n’a plus rien. Il ne peut pas financer les funérailles de sa femme. Mais il préfère ne pas se plaindre par peur de représailles.»

    Ce témoignage ne représente qu’un cas du «village du cancer». Dans le village Xiditou à quelques kilomètres des pelouses des Jeux olympiques, la population périt à cause de la pollution. Les villageois ne peuvent ni partir ni acheter d’eau minérale. Ils continuent à boire l’eau mortelle.

    «Ton fi ls était si mauvais qu’on a vendu ses organes». C’est avec ces paroles que ChenYang Zhong a appris la mort de son fils, lorsque la police locale lui présente la facture de cinq euros, le prix de la balle ayant servi à le mettre à mort. Chen Tao a été exécuté le 1er décembre 2006, condamné à mort pour sa participation aux émeutes de Han Yuan. Sa famille et son avocat n’ont été prévenus ni de sa condamnation ni de sa mort.»

    «Huo Junwei, vice-gouverneur de Xiditou et responsable du développement des entreprises. Passage à tabac, réquisitions des terres, pressions fi nancières et administratives, corruption en tout genre, faux rapports d’expert... Ses milices garantissent le silence des familles de Xiditou.»
    «Avant il y avait de très bons crabes et et on avait l’habitude de se baigner. Mais maintenant, c’est fini, la rivière est polluée. Avant, le ciel était bleu et les eaux étaient pures. Mais où que j’aille désormais, les eaux sont devenues noires.»

    «Les taux d’arsenic et de plomb dans l’eau sont dix à quinze fois plus élevés que la limite pour l’humain.»

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