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  • Our Body/A corps ouvert - L’exposition fait face à de nouvelles controverses

    Après deux refus en deux ans, la très polémique exposition Our Body a atterri à Paris le 12 février 2009. Depuis son passage à Lyon et à Marseille, un nouveau rapport daté du 31 janvier de la Fédération internationale pour la Justice en Chine continue d’alimenter la controverse : exposition scientifique, nouvelle pédagogie ou simple curiosité morbide, voyeurisme et commerce de corps humains ?

    En France, ce n’est pas une première. Le Cavalier de l’Apocalypse d’Honoré Fragonard, seule pièce visible de son travail sur la conservation des corps humains à l’Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, date du XVIIIe siècle. Connu pour ses Écorchés, il a usé d’un procédé qui reste un mystère.

    Aujourd’hui, la plastination, procédé créé en 1977 par Gunther von Hagens, permet, en injectant de la résine ou du silicone dans les organes et les tissus, d’en retirer tous les liquides corporels et de les conserver presque ad vitam aeternam. Une fois fixés dans une solution au formol, les corps contenant de l’eau (cuir, plantes, insectes, animaux, hommes…) sont déshydratés. L’eau est remplacée par de l’acétone pour l’imprégnation des corps dans du polymère. Ils sont ensuite séchés au contact d’une préparation à base de gaz, ce qui les rends secs au toucher et non toxiques. Ce travail pour un corps peut durer 4.000 heures.

    L’imprégnation polymérique est la technique appliquée à partir de 1997 par la société d’anatomie de Hong Kong sur vingt corps chinois. Ces vingt corps masculins dépecés ont été rassemblés par Gunther von Hagens dans l’exposition initiale Body Worlds et ont fait le tour du monde : Japon, Etats-Unis, Canada, Allemagne, Belgique et Espagne.

    L’ancien tourneur du groupe de Téléphone, Pascal Bernardin, tombé amoureux de l’exposition en Californie il y a trois ans, prend la collection de l’anatomiste allemand en main. Conscient de son succès à l’étranger, il « défend son exposition » auprès de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette en 2007. Le Comité national d’éthique est saisi et la Cité refuse d’héberger Our Body en ses murs. Mal à l’aise au micro de France-Soir pour définir les six étapes de l’imprégnation polymérique qu’il a découverte depuis trois ans maintenant, il ne parvient pas non plus, à l’époque, à convaincre le musée de l’Homme de   « passer du formol à la plastination ». C’est un nouvel échec pour le producteur de Bob Marley au Bourget en 1981, de Michael Jackson et des Rolling Stones au Parc des Princes en 1987 ou encore de Madona au parc de Sceaux en 1990.

    Il triomphe finalement à la Sucrière de Lyon en mai 2008, puis Marseille lui ouvre ses volumes à l’automne, avant l’Espace 12 Madeleine, à Paris, jusqu’au 10 mai 2009. Le travail est important. Il a fallu adapter en langue française indications et descriptions scientifiques pour chaque organe et chaque muscle. Seulement, le résultat frôle les limites du racoleur.

    Novateur ? Pas certain !

    Le scénario de sa vie. Les représentants aiment à se targuer et afficher qu’« en ressortant de cette exposition vous ne verrez plus votre corps comme avant ». « Le corps médical, les médecins, les enseignants-chercheurs, les étudiants en médecine ou les légistes toucheront forcément à l’intouchable sacre du corps humain au moins plus d’une fois dans leur carrière. Alors pourquoi ne pas en donner la possibilité à tout un chacun ? » raisonne Pascal Bernardin, qui mise sur l’accessibilité de son exposition.

    Il est aussi certain que le succès de cette exposition est son exclusivité humaine. « Disséquer, observer le corps des amphibiens, des rongeurs au collège uniquement pour le commun des mortels, et ne pas connaître son propre corps semble illogique, aberrant », poursuit-il. Voilà l’exposition qui le permet !

    Seulement les explications scientifiques sont loin d’être supérieures et novatrices. Certes leur synthèse scientifique est considérable et minutieusement complète : du nombre de muscles sollicités pour un froncement de sourcils (42 !) au poids du foie (1,6 kg !). On visualise avec étonnement la taille de chaque organe dans l’emplacement du corps humain. C’est révolutionnaire, mais de nombreux rapports s’inquiètent quant à la normalisation de telles expositions.

    Commerce de corps humain

    Outre la controverse de conscience collective sur le respect et la dignité du corps humain après la mort, l’exposition a soulevé la polémique sur la corruption et le trafic d’organes :   « D’où proviennent ces corps ? »

    Le rapport du site organharvestinvestigation.net, de la Fédération internationale pour la justice en Chine, brouille pertinemment, par exemple, les affirmations du Pr Yu, président de la société de Hong Kong, quant au consentement des donneurs et de leur famille. Selon la fédération, attachée à défendre les droits de l’homme en Chine, « dans la conscience collective chinoise il est impensable d’exhiber un corps nu, un mort ou même de faire don d’organes » !

    Davantage accusateur, il fait référence « aux affaires de prélèvement d’organes sur des pratiquants de Falun Gong (NDLR : mouvement spirituel issu du bouddhisme et du taoïsme chinois) par le PCC (Parti communiste chinois) ». Il est à noter que les allégations de persécutions de Falun Gong ont été contestées, notamment par des rapports officiels américains. Mais le premier rapport de rappeler que le Pr Gunther von Hagens « possède une société basée à Dalian, une ville chinoise malheureusement connue pour ses trois laogai (camps de travaux forcés) situés alentour » !

    Le rapport mentionne que, dans ces camps, les « prisonniers de conscience (moines bouddhistes, pratiquants de Falun Gong, journalistes, professeurs) sont soumis aux travaux forcés et aux tortures ». Et, toujours selon le rapport, Falun Gong serait considéré comme l’ennemi numéro un du PCC et ses adeptes fourniraient le plus grand nombre de victimes du trafic d’organes en Chine.

    Les interrogations fusent sur les conditions de récupération de ces corps, sur un éventuel marché d'hommes corrompu et sur une course à l’exclusivité, déshumanisant les plus faibles au profit (15 euros l’entrée) d’une exposition scientifique ou sensationnelle aux Etats-Unis, au Japon, en France, mais pas en Chine ! Ces suppositions rappellent aussi le sensationnalisme créé au début du XXe siècle dans le public parisien, quand les zoos humains de Vincennes présentaient aux yeux de tous des hommes et des femmes de tribus africaines et asiatiques encagés.

    Quant à l'émergence de nouvelles expositions anatomiques de cette envergure, les avis semblent se freiner eux-mêmes. A l'avenir, de telles expositions soulèvent l'idée qu'elles pourraient être alimentées par la corruption, notamment de régimes autoritaires, et causer la mort préméditée d'êtres humains condamnès à être exposés.

    Our Body serait-elle allée trop vite pour conserver l’exclusivité d’une première en son genre ?

    France Soir

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