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nouveau lavage de cerveau

  • Pékin lance l'édition tibétaine du Quotidien du peuple

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    Des soldats de l'Armée populaire de libération dansent avec des drapeaux communistes chinois sur la page couverture de la première parution de l'édition tibétaine du Quotidien du peuple, un des médias officiels du régime. Le gros titre dit : «L'armée stationnée dans la neige protège la paix.»
    Les cadres du Parti communiste sont transparents à propos de ce nouveau «front» de propagande
    Le lancement au mois d'août de l'édition tibétaine du Quotidien du peuple a été présenté autant comme une force unificatrice pour les Tibétains qu’une fenêtre authentique sur la riche culture tibétaine. Cependant, les spécialistes des médias chinois affirment que le régime de Pékin cherche plutôt à trouver de nouveaux moyens pour «laver le cerveau» des Tibétains avec la propagande communiste.

    L'édition tibétaine du Quotidien du peuple, à ne pas confondre avec le Tibetan Daily – l'organe du gouvernement local – reçoit ses directives du gouvernement central et a débuté sa publication le 1er août 2009. C'est la première entreprise de propagande du Comité central dans la langue d'une minorité ethnique, et ce développement a été accueilli avec enthousiasme par les dirigeants du Parti communiste chinois (PCC).

    Une publication de quatre pages traduite du chinois au tibétain, le journal est imprimé à 50 000 exemplaires, dont 20 000 sont distribués au Tibet et le reste dans les provinces avoisinantes où habitent des populations tibétaines, rapporte le China Daily, un autre organe gouvernemental.

    «Toutes les éditions tibétaines du Quotidien du peuple seront distribuées gratuitement dans les villages, les écoles et les temples», indique Meng Xiaolin, rédacteur en chef du journal.

    Meng Xiaolin, qui supervise la traduction, l'impression et la distribution de la publication, affirme que chaque village recevra trois exemplaires gratuits, alors que les temples et les écoles primaires et secondaires en recevront deux.

    Le journal affirme que sa couverture médiatique va «contribuer au développement économique, au progrès social ainsi qu’à l'harmonie et à la stabilité ethniques au Tibet».

    Cependant, certaines des explications officielles concernant l'objectif de l'édition tibétaine semblent se contredire.

    Le jour de la publication du premier numéro, l'agence du Parti communiste, Chine nouvelle (Xinhua), a cité une déclaration officielle du Quotidien du peuple indiquant : «Nous allons faire de notre mieux pour fournir des nouvelles justes et opportunes qui concernent les gens locaux.» Le même article poursuivait plus loin en disant que la publication diffuserait la ligne du Parti et les politiques du gouvernement central. D'autres déclarations officielles mentionnent clairement que tout le contenu sera traduit de l'édition pékinoise, éliminant donc l'aspect local du journal.

    La Grande Époque a demandé à Cheng Xiaonong, conseiller de l'ex-dirigeant chinois Zhao Ziyang et maintenant rédacteur en chef de la revue académique Modern China Studies, de commenter ces déclarations, en apparence, contradictoires.

    «Ils ne sont pas vraiment sérieux avec ces mots qu'ils prononcent chaque jour. Aujourd'hui, ils le disent de cette façon, demain d'une autre. En tout cas, c'est de la propagande... c'est un véhicule pour un nouveau lavage de cerveau», a-t-il commenté lors d’une entrevue téléphonique.

    Néanmoins, le journal fait des pieds et des mains pour insister sur les bénéfices culturels et éducatifs qu'il apporte, dont exposer les Tibétains à la langue et aux traditions tibétaines. L'édition anglaise du site Internet semble contenir une grande quantité d'histoires culturelles tibétaines.

    Toutefois, cette approche est également critiquée. Un employé du Bureau du Tibet à New York – ayant requis l'anonymat pour éviter des représailles contre sa famille au Tibet – estime qu'il s'agit d'une façade, affirmant que «la culture devrait être dans les gens, non pas dans un musée».

    Thubden Sangha, président de la Wisconsin Tibetan Association, abonde dans le même sens : «Le journal n'est pas bénéfique aux Tibétains, tant sur le plan culturel qu'éducatif. C'est ce qu'on appelle siniser la question tibétaine avec un programme communiste. C'est comme lire The Onion [un journal satirique américain publiant de fausses nouvelles].»

    Tâter le pouls des gens au Tibet est une tâche plus ardue. Des représentants du Bureau du Tibet affirment qu'ils mettraient leur vie en danger s'ils parlaient à des étrangers de telles affaires. Cheng Xiaonong estime aussi que les appels téléphoniques seraient très probablement mis sur écoute.

    Les spécialistes considèrent la publication comme faisant partie d'une stratégie plus large du Parti visant à faire passer son message aux minorités ethniques. Diriger l'opinion publique au Tibet n'est pas une tâche facile pour les dirigeants communistes, en partie parce que ce ne sont pas tous les Tibétains qui ont grandi en apprenant le chinois.

    David Bandurski, un observateur des médias chinois et rédacteur du China Media Project, estime que la publication est une autre manifestation de ce qui a été qualifié de «Contrôle 2.0», l'expression pour décrire la politique médiatique du dirigeant chinois, Hu Jintao, depuis la mi-2008. Cette politique utilise les méthodes typiques de contrôle, comme la censure des médias, en plus de moyens plus astucieux pour diffuser le message du Parti.

    «Le lancement d'une édition tibétaine du Quotidien du peuple fait essentiellement partie de cet effort plus soutenu du président Hu Jintao d'amplifier les messages du PCC et d’établir proactivement la ligne du Parti, particulièrement sur des sujets sensibles comme les troubles au Xinjiang cet été et au Tibet en 2008», écrit M. Bandurski dans un courriel.

    L'intention de rapprocher la publication à la population locale démontre clairement une facette de la stratégie médiatique de Hu Jintao, poursuit-il.

    «On pourrait croire que cette politique est en faveur d'une plus grande liberté de presse, mais ce n'est pas vraiment le cas», écrit Bandurski. «C'est plutôt du contenu plus futé et vendable», et ce, en langues étrangères.

    Les cadres du Parti sont néanmoins résolus et discutent ouvertement de leurs efforts.

    Lors d'une rencontre entre les employés du journal et des cadres du Parti au Tibet, dont un compte rendu est disponible en chinois sur Internet, il a été mentionné que l'édition tibétaine doit «continuellement renforcer la fondation idéologique commune entre les cadres et la population afin de les unir en un seul tout» et que le «Quotidien est d'une grande importance pour renforcer davantage le front de propagande au Tibet, s'appropriant la position autoritaire en matière de propagande et d'opinion publique, et pour adopter une position préventive dans les débats publics et d'opinions concernant les questions tibétaines». Le journal doit aussi supposément manifester pleinement «l'amour spécial et le souci pour le Tibet» du Comité central du PCC, selon Cui Yuying, ministre de la Propagande au Tibet.


    Tiré de : http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Chine-/-Asie/Pekin-lance-ledition-tibetaine-du-Quotidien-du-peuple.html

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