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mode de consommation occidental

  • Le prochain conflit mondial sera t'il entre l'Inde et la Chine?

    Un moine bouddhiste indien s'approche du Thupten Gatsal Ling Gunpa, une branche du monastère de Tawang à Itanagar
    Un moine bouddhiste indien s'approche du Thupten Gatsal Ling Gunpa, une branche du monastère de Tawang à Itanagar, capitale de l'Arunachal Pradesh, dans le nord-est de l'Inde. La région revendiquée par la Chine est le théâtre dernièrement de tensions entre Pékin et New Delhi, peut-être associées à la tenue d'élections législatives le 13 octobre 2009 et à la prochaine visite du dalaï-lama en novembre. (Diptendu Dutta/AFP/ Getty Images)

    Guerre de mots et rien d'autre entre New Delhi et Pékin?

    Combien de fois ces dernières années nous a-t-on incités à admirer le développement économique des deux pays les plus peuplés du monde? L'éléphant indien par-ci, le dragon chinois par-là... Si dans ces présentations élogieuses courantes on effrite parfois les problèmes environnementaux que peut entraîner l'arrivée d'un mode de consommation occidental chez les deux géants asiatiques, on aborde peu ou pas le concept de montée d'une puissance mondiale, reliée de près à l'espace vital, à l'expansion (territoriale et/ou de l'influence) et à la conquête des ressources.

    Oui, c'est certainement problématique pour la planète que tous les Chinois possèdent une voiture, et le cours des métaux exploserait si tous les Indiens possédaient le kit complet d'électroménagers. Mais qu'arriverait-il si, intérêts s'entrechoquant, une étincelle provoquait un nouvel affrontement entre les deux puissances nucléaires que sont la Chine et l'Inde?

    Alarmiste? Peut-être. L'arme nucléaire n'est-elle pas l'outil d'équilibre d'excellence entre les grands? Ne sommes-nous pas dans cette nouvelle ère multipolaire où tout peut se résoudre sur la base d'intérêts communs et où même une dictature peut prétendre à une «montée pacifique»? Certains y croient. En fait, on peut sans trop se mouiller faire une lecture des évènements politiques en considérant les «intérêts nationaux» d'un pays ou ceux de sa classe dirigeante.

    Parler d'un éventuel conflit entre la Chine et l'Inde en ce moment ne résulte pas d'une vue de l'esprit ou d'une perception, qui pourrait être physiquement défendable, que deux forces qui prennent de l'expansion dans un espace restreint vont un jour se rencontrer. Revoyons les récents évènements, parsemés de discours parfois trompeurs, parfois timides et parfois frondeurs. Sans aucunement avancer qu'un conflit est proche, explorons les zones de tension.

    Le problème frontalier
    L'Inde et la Chine partagent une frontière de 4000 km, et Pékin revendique plus de 90 000 km2 de territoire. Les deux pays ont fait la guerre sur cette question en 1962. Le tracé des frontières est à la base controversé, ayant été établi durant le règne colonial britannique.

    Actuellement, il y a beaucoup de discorde autour de l'Arunachal Pradesh (appelé «Sud-Tibet» par la Chine), une province du nord-est de l'Inde. Pékin revendiquant le Tibet – qui était indépendant au moment du tracé des frontières en 1913-14 par l'administrateur colonial britannique Sir Henry McMahon – considère que ce territoire est lié culturellement au Tibet. Un de ses arguments serait – étrangement pour un régime œuvrant à la destruction de la forme religieuse authentique – que le sixième dalaï-lama est né à Tawang, ville d'Arunachal Pradesh collée sur le Tibet. Selon Pékin, Tawang aurait déjà fait partie du Tibet, donc la région lui appartiendrait.

    Pour Takam Sanjoy, un politicien d'Arunachal Pradesh, «Historiquement, culturellement, Arunachal Pradesh n'a jamais eu quelque affinité avec la Chine […] Il n'y a pas une seule âme là-bas qui a de sympathie pour la Chine, je peux vous le garantir.» (Times of India, 15 octobre 2009)

    Alors que les frontières sont incertaines, contestées, et qu'elles se trouvent dans un barrage de montagnes appartenant à la plus haute chaîne du monde, les incursions militaires seraient fréquentes et devenues une source d'agitation dans les médias indiens. Selon Brahma Chellaney, du cercle de réflexion Centre for Policy Research, l'armée indienne a rapporté 270 violations de la frontière par la Chine, en grande augmentation en comparaison aux années précédentes (Newsweek, 13 octobre 2009).

    Tandis que Pékin testerait les limites de la patience de New Delhi, cette dernière aurait mis la main à la pâte pour développer l'Arunachal Pradesh en infrastructures, sans compter le renforcement de la présence militaire. Un parcours d'autant plus stimulé par les avancées de la Chine au Tibet, avec un train reliant les basses-terres, une colonisation et une robuste présence de l'armée pour des objectifs premièrement internes.

    Début d'une guerre de mots
    Le 13 octobre, les habitants d'Arunachal Pradesh passaient aux urnes pour des élections législatives provinciales, qui se sont déroulées sur fond de rhétorique anti-régime chinois à cause des incursions. Pékin a profité du moment de cet exercice démocratique pour lancer une mise en garde à New Delhi, critiquant la visite que le premier ministre indien, Manmohan Singh, avait effectuée dans la région le 3 octobre durant la campagne électorale. On a questionné la raison d'un délai de dix jours avant la protestation de Pékin, qui pourrait peut-être s'expliquer comme étant une tactique d'intimidation.

    «Le ministère des Affaires étrangères chinois a déclaré être “sérieusement insatisfait” de la visite du premier ministre indien, Manmohan Singh, dans une région disputée de l'Himalaya», a écrit le journal Global Times, un organe officiel du Parti communiste chinois (PCC). «La Chine et l'Inde n'ont conclu aucun accord formel sur la question de la frontière», affirme le porte-parole des Affaires étrangères, Ma Zhaoxu. «Nous demandons que le côté indien porte attention aux inquiétudes sérieuses et justes du côté chinois et qu'il ne provoque pas d'incidents dans la région disputée, de manière à faciliter le développement sain des relations sino-indiennes.»

    Le lendemain de cette déclaration de Pékin, New Delhi répliquait : «Arunachal Pradesh est une partie intégrale de l'Inde et les élections tout juste terminées ont prouvé qu'elles ont été tenues selon la Constitution indienne», a lancé le ministre indien des Finances, Pranab Mukherjee (Hindustan Times, 14 octobre 2009).

    Puis, l'Inde engageait son rival sur un autre front tout autant contesté, soit la question du Cachemire.

    Le ministère des Affaires étrangères indien a déclaré que la Chine était «entièrement consciente de la position indienne et de nos inquiétudes quant aux activités chinoises dans le PoK [Cachemire occupé par le Pakistan]». Ajoutant que la Chine devrait adopter une «vision à long terme des relations indo-chinoises et éviter d'appuyer des projets de développement dans des régions illégalement occupées par le Pakistan» (Reuters, 14 octobre 2009).

    Au même moment où fusaient ces déclarations, nul autre que le premier ministre pakistanais, Yusuf Raza Gilani, était à Pékin pour discuter avec son allié de longue date. La Chine aurait affirmé à ce moment être heureuse de participer à des projets de développement dans le Cachemire pakistanais, notamment la construction d'une autoroute reliant le Pakistan et la Chine et d'une centrale hydroélectrique. New Delhi, déjà irritée par la proximité entre Pékin et Islamabad, tolère difficilement la percée chinoise dans une région qu'elle revendique.

    Selon le Hindustan Times, un rapport non identifié du ministère de la Défense indien mettrait en garde contre une association du Pakistan et de la Chine dans le Cachemire pakistanais, invoquant des «implications militaires directes» pour l'Inde.

    L'agitation
    Si les déclarations officielles ont été assez sérieuses de part et d'autre, le ton est à la confrontation dans d'autres canaux. Du côté indien, des médias et l'opposition adoptent des positions hostiles face à Pékin. Du côté chinois, la position du Parti communiste diffusée à travers ses organes officiels est agressive.

    «Dans le passé, le gouvernement chinois a cherché à établir un consensus dans les négociations frontalières en effectuant des concessions en échange d'actions réciproques. La Chine a conservé la même approche avec l'Inde. L'Inde, toutefois, commettra une erreur fatale si elle considère l'approche chinoise comme étant une preuve de faiblesse», écrit le Global Times dans un éditorial. Il parle de «conséquences dangereuses» résultant des visites du premier ministre Singh en Arunachal Pradesh et affirme que l'intégrité territoriale de la Chine «doit être défendue par tous les moyens nécessaires».

    Le People's Daily, porte-parole du régime également, tient des propos plus acides. «Ces dernières années, les Indiens sont devenus de plus en plus étroits d'esprit et intolérants aux critiques venant de l'étranger alors que les sentiments nationalistes s'éveillent, certains se tournant même vers l'hégémonie. Cela peut être prouvé par la récente provocation de l'Inde sur les questions frontalières avec la Chine», indique un éditorial du 14 octobre.

    Selon le journal communiste, cette quête d'«hégémonie» de l'Inde serait le résultat direct du colonialisme britannique. «Une ancienne victime du colonialisme et de l'hégémonie a commencé à rêver au développement de sa propre hégémonie.» L'Inde serait «obsédée par cette mentalité» et «refuserait de laisser tomber les airs prétentieux lorsqu'elle interagit avec des voisins comme le Pakistan».

    Le quotidien suggère aussi à l'Inde d'accorder une importance à ses proches voisins plutôt qu'à des pays lointains, en référence probable au partenariat stratégique avec les États-Unis, et d'«abandonner témérité et arrogance alors que le monde traverse des changements bouleversants». Encore une fois, une référence probable aux États-Unis, dont l'influence globale diminue alors que la Chine tente de combler le vide. Aux dires du régime chinois, New Delhi peut seulement devenir une superpuissance en détendant les tensions avec Pékin et Islamabad.

    Dans l'opposition indienne, on juge beaucoup trop timide la réponse du gouvernement à ces attaques de Pékin. Ravi Shankar Prasad, porte-parole du Bharatiya Janata Party (BJP), accuse la Chine de double-standards, car alors qu'elle considère l'Arunachal Pradesh comme un territoire contesté, elle est impliquée dans des projets au Cachemire pakistanais (Times of India, 14 octobre 2009).

    Chez certains leaders d'opinion indiens, on croit tout simplement à l'inévitabilité d'une autre guerre, déclenchée par la Chine. Bharat Verma, éditeur du magazine Indian Defence Review, estime qu'une série de facteurs pourraient inciter le PCC à déclencher des hostilités. Il note, entre autres, de nombreux problèmes sociaux forçant les autorités à consolider leurs assises intérieures en s'attaquant à l'extérieur.

    «Les communistes en Chine ont besoin d'une victoire militaire pour unir derrière eux les citoyens désillusionnés. Ceci aidera à vendre la perception psychologique que le 21e siècle appartient à la Chine, et à soutenir leur profonde croyance dans la supériorité de la race chinoise. Pour que le Parti communiste conserve le pouvoir, il est essentiel de détourner l'attention de la dissidence interne. Dans un système autocratique, normalement la seule recette pour unir la population est de manipuler sa fibre nationaliste», écrit-il.

    Bharat Verma déclare en toute ouverture de son essai que la Chine attaquera l'Inde avant 2012.

    Selon le journaliste Jeremy Khan, écrivant dans Newsweek, les inquiétudes de certains Indiens face à la Chine sont mal placées. «Ces avertissements interprètent complètement mal les intentions de la Chine. Alors que l'Inde s'inquiète de l'armée et de la richesse plus grandes de la Chine, la Chine s'inquiète de l'armée et de l'économie plus grandes des États-Unis. En Asie, son but déclaré est d'effectuer une “montée pacifique” qui est bénéfique pour tous ses voisins, y compris l'Inde, et il y a peu de raisons de douter de ce but.»

    Mohan Malik, professeur au Asia-Pacific Center for Security Studies à Honolulu, ne partage pas cette opinion. Selon lui, des centres de réflexion liés à l'armée chinoise mettent de l'avant le scénario de la «menace indienne» (Jamestown Foundation, 7 octobre 2009).

    «Avec la plupart des Chinois qui perçoivent maintenant l'Inde comme leur ennemi principal, près de 50 ans après une guerre frontalière, l'Inde a effectivement remplacé le Japon en tant que nouvelle chimère de Pékin», écrit-il.

    «Avec l'arrivée au pouvoir de dirigeants “amis de la Chine” à Tokyo, Canberra et Taipei, l'environnement régional et international actuel semblerait propice à l'exécution d'une diplomatie coercitive envers l'Inde, car aucun des joueurs majeurs ne viendrait appuyer l'Inde dans l'éventualité d'une confrontation dans un futur proche. Apparemment, certains penseurs stratégiques chinois estiment qu'une guerre limitée avec l'Inde enverrait un message retentissant à ceux qui courtisent encore et qui comptent sur l'Inde en tant que contrepoids à la Chine dans le 21e siècle», poursuit-il.

    La question du Tibet
    Pour certains observateurs comme Jeremy Khan, l'agitation des derniers jours a un point d'ancrage : le Tibet. «Les mouvements frontaliers […] ne sont pas à propos d'une menace externe indienne en tant que telle, mais bien à propos de la relation de l'Inde avec la menace interne au Tibet.»

    L'Inde étant le refuge du dalaï-lama et d'une importante communauté d'exilés tibétains, Pékin peut reprocher à New Delhi, à tort ou à raison, d'héberger sur son territoire le centre focal d'une résistance internationale à sa présence au Tibet.

    Certains ont d'ailleurs suggéré que la campagne diplomatique et l'opération d'information de la Chine déclenchées dernièrement pourraient être en rapport avec la visite en novembre du dalaï-lama à Tawang, Arunachal Pradesh.

    La stabilité interne de la Chine a été sévèrement ébranlée ces deux dernières années, d'abord au Tibet en 2008, puis au Xinjiang en 2009. Tandis que la question taiwanaise semble être de plus en plus dans la poche avec l'arrivée du nouveau président Ma Ying-jeou (Guomindang), le PCC est incapable de ne pas gérer ses régions éloignées autrement qu'en stimulant la haine interethnique et en utilisant l'appareil militaire pour mener la répression.

    À l'étranger, afin de couper l'herbe sous le pied de l'opposition interne, Pékin doit poursuivre ses politiques d'intimidation des pays qui, comme l'Inde, offrent un certain soutien aux Tibétains, tout en maintenant la pression sur les communautés d'exilés.

    Autres points de friction
    Outre les disputes territoriales et la question du Tibet, la rivalité indo-chinoise s'étale vers d'autres horizons.

    L'Inde vit l'expansion chinoise comme un encerclement. Au nord, la Chine. À l'est, la Birmanie, régime totalitaire fortement soutenu par Pékin. L'Inde tente de s'y impliquer davantage pour des raisons stratégiques, au grand dam des défenseurs des droits de la personne.  Au sud, le Sri Lanka, que la Chine a fourni en armes au moment où d'autres pays ne voulaient pas faire ainsi en raison de la délicate lutte contre l'insurrection des Tigres tamouls. À l'ouest, le Pakistan, rival historique. Dans tous ses pays, il existe des plans de construction de ports en eaux profondes par la Chine et/ou de stations d'écoute électronique.

    Tout cela, avec le déploiement de la marine chinoise pour «combattre la piraterie» aux larges des côtes somaliennes, situées non loin des routes maritimes principales d'acheminement du pétrole, fait que Pékin a mis en branle un plan pour contrôler en quelque sorte l'océan Indien afin de protéger son approvisionnement en hydrocarbures. Cette stratégie a été qualifiée dernièrement de «collier de perles», les perles représentant les divers ports chinois reliant le Moyen-Orient à la Chine.

    Outre les préoccupations stratégiques, la question de l'idéologie peut jouer en bout de ligne. L'argument principal du PCC contre la démocratie en Chine, un système jugé occidental et donc incompatible alors que le communisme est tout européen, est que la population est trop nombreuse. L'Inde est une démocratie, quoique quelques fois chaotique. Mais Pékin n'est pas en mesure de donner des leçons d'ordre à New Delhi, alors que l'agitation sociale atteint chaque année de plus hauts sommets.

    La présence d'une grande démocratie aux portes de la Chine est un irritant naturel pour le régime, qui n'est autrement entouré pratiquement que de pays totalitaires, autoritaires ou au mieux troublés.

    Efforts de bonne entente

    Malgré une rivalité qui ne devrait pas s'estomper, les deux pays misent sur la croissance économique et savent que les tensions qu'ils cultivent peuvent nuire à cet objectif à la fois commun et compétitif.

    Les échanges entre les deux pays se seraient élevés à 52 milliards de dollars en 2008 (Mainstream Weekly, 14 octobre 2009).

    Suite aux accusations chargées des derniers jours, on a rapporté que le premier ministre chinois, Wen Jiabao, pourrait rencontrer son homologue indien en marge d'un prochain sommet asiatique le 23 octobre, question de faire baisser un peu la tension.

    Il serait tout de même surprenant qu'à long terme les deux géants puissent maintenir des trajectoires en harmonie parfaite.

    Tiré de La Grande Epoque:

    http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Header/Guerre-de-mots-et-rien-dautre-entre-New-Delhi-et-Pekin.html

     

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