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ma jian

  • Le chef du contre-espionnage chinois placé en détention

    Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, XI Jinping a lancé une vaste opération anticorruption visant tous les hauts fonctionnaires de l'ancienne administration de Jiang Zemin. À la fin de son mandat et devant la montée d'un mécontentement de moins en moins contrôlable de la population chinoise, l'ancien premier ministre Wen Jiabao avait tenu un discours, qui en avait surpris plus d'un, abordant la question de la persécution du Falun Gong - largement censurée en Chine et dans les médias internationaux. Il y demandait la fin de la répression, la libération des pratiquants et la condamnation des responsables à tous les différents niveaux. Depuis l'arrivée de Xi Jinping, sont visés par la lutte anticorruption, les principaux responsables de la persécution du Falun Gong, remontant au fur et à mesure jusqu'à Jiang Zemin en détruisant son vaste réseau d'influence en Chine. Une chronique à retrouver dans les articles d'Epoch Times et à suivre à travers les lignes de l'actualité des médias français.

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    L'un des plus puissants responsables du renseignement chinois est tombé dans le cadre de la campagne anticorruption menée par les autorités.

    La grande compagne anticorruption annoncée par le président Xi Jinping dès sa prise de fonction, en 2013, se poursuit. Cette fois, c'est au tour de Ma Jian, vice-ministre de la Sécurité de l'Etat, d'être placé en détention, annonce le South China Morning Post, citant des "sources ayant une connaissance directe du dossier". Plusieurs de ses proches feraient également l'objet d'une enquête.

    Chargé du contre-espionnage depuis 2006, Ma Jian serait proche de Li You, dirigeant du groupe Founder, un conglomérat technologique détenu par l'université de Pékin. Ce dernier aurait financé des opérations financières hautement profitables pour des membres de la famille de Ma Jian.

    Ma est le deuxième plus haut responsable de la sécurité à faire l'objet d'une enquête, après la chute de Zhou Yongkang, ancien responsable de la sécurité au sein du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois, placé sous enquête judiciaire en décembre dernier. Ma Jian a été crédité en 2012 de l'arrestation de deux taupes au sein des services chinois, l'une travaillant pour les Etats-Unis, l'autre pour la Corée du Nord.

    Ma Jian serait également lié à Ling Jihua, ancien secrétaire du président Hu Jintao, arrêté en décembre 2014. Selon le Financial Times, citant également des sources "ayant connaissance du dossier", l'arrestation de Ma Jian serait liée aux activités d'associés de Zhou Yongkang dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine.

    Tiré de: http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/14/le-chef-du-contre-espionnage-chinois-place-en-detention

  • La Chine, machine à laver les cerveaux

    Ma_Jian_26345a.jpgN. O. - Pourtant, il y a aujourd'hui plus de liberté en Chine.
    Ma Jian. - Je pense au contraire que le lavage de cerveau s'est aggravé. Renforcé par sa performance économique, le pouvoir a réussi à légaliser le formatage inculqué par l'éducation. Et aujourd'hui les jeunes le tiennent pour tout à fait légitime. Comme s'ils n'avaient plus besoin d'un jugement personnel. Ils voient le monde à travers les critères que le Parti leur a inculqués. Je me demande parfois s'ils ont besoin d'une vie de l'esprit. Les Chinois ressemblent de plus en plus aux Singapouriens, qui ne trouvent de satisfaction, de fierté, voire de dignité humaine que dans le commerce, dans l'enrichissement.
    N. O. - Mais Singapour est minuscule...
    Ma Jian. - C'est vrai que la Chine est grande, et ses problèmes monstrueux. Aujourd'hui, le plus grave est le fossé entre riches et pauvres. Il suffit de sortir un peu de Pékin, on voit que la vie de la majorité est très difficile. Le PC cherche en fait à normaliser la situation. Mais il faut savoir que le but du développement, c'est de rendre les gens de plus en plus décérébrés. De faire disparaître la dimension politique. Comme à Singapour où la vie de l'esprit n'existe pratiquement plus.
    N. O. - Croyez-vous qu'un tel régime puisse durer longtemps ?
    Ma Jian. - Prenez cette horrible histoire du lait empoisonné, qui aurait suscité une révolution en France. En Chine, pas de colère collective. Dans une semaine, on l'aura oubliée. Puis éclatera une nouvelle affaire. Je peux déjà vous prédire le prochain scandale, qui va porter sur l'eau minérale, empoisonnée par un produit très toxique. Même la colère suscitée par ces scandales devient une routine.
    N. O. - Mais quand la colère s'accumule, elle peut entraîner des troubles, non ?
    Ma Jian. - Voilà une idée occidentale. Les Chinois peuvent être en colère toute leur vie, parce qu'ils pensent qu'il y a toujours plus mal loti qu'eux : «Mon voisin est mort d'un cancer, moi je vais bien... Son gosse a bu du lait frelaté, le mien se porte comme un charme... Ma vie n'est pas si mauvaise !» Ce qu'ils craignent le plus, c'est le changement. Ils veulent, comme le dit le slogan du PC, une «société harmonieuse». Tout ce qui s'y oppose doit être réprimé, et tout le monde collabore. Comment une société fondée sur le mensonge peut-elle se perpétuer ? Chacun sait que la part de l'argent public détournée par les puissants suffirait à renverser le régime partout ailleurs. Mais en Chine, quand un problème surgit quelque part, il est rapidement circonscrit. Ce savoir-faire est très élaboré. Voyez comment lors du tremblement de terre du Sichuan le gouvernement a bouclé l'épicentre pendant trois jours. Personne ne s'est demandé pourquoi.
    N. O. - Pourquoi ?
    Ma Jian. - Parce que le régime voulait mesurer les dégâts, dans cette région où des installations nucléaires avaient certainement souffert, avant d'admettre qui que ce soit. On a donc vu, face à une catastrophe de cette ampleur, une dizaine d'hélicos et quelques braves soldats qui cherchaient à rejoindre l'épicentre à pied... Qu'une armée aussi puissante ne puisse pas atteindre un point du territoire, c'est impensable. Mais les gens ne se posent pas ces questions. Pourquoi les immeubles des administrations ont tenu le choc, et pas les écoles ? Au pis, on exprime un peu d'humeur en famille. Mais dès qu'on est face à des étrangers, on fait silence. Les Chinois préfèrent enfouir dans leur ventre leurs turpitudes familiales. Voilà pourquoi le système peut encore durer longtemps.
    N. O. - Les Tibétains, eux, se sont soulevés...
    Ma Jian. - C'était une révolte économique. Les Tibétains sont devenus des citoyens de seconde zone dans leur propre pays. Au Tibet, les Hans occupent les terres, exploitent les ressources naturelles et monopolisent l'espoir d'un futur meilleur. Cette invasion économique, les Tibétains ne l'acceptent pas, et ils veulent chasser les Chinois. Depuis mes premiers voyages il y a plus de vingt ans, j'ai toujours ressenti le Tibet comme une prison. Une vaste prison à ciel ouvert. Il faut un permis spécial pour y entrer. Et même avec des papiers en règle, un Tibétain ne peut pas toujours en sortir. Les Chinois auront beau construire de beaux immeubles et «restaurer» la religion... C'est inutile, parce qu'il s'agit d'une prison où règnent la contrainte et le mépris.
    N. O. - Les Chinois ne vivent pas non plus dans la liberté et le respect.
    Ma Jian. - C'est vrai que la Chine vise à devenir la plus grande prison du monde, puisque c'est seulement ainsi que le PC trouve un semblant de sécurité. Mais dans la prison des Chinois, il existe des libertés secondaires. Si je suis un boutiquier dans l'âme, si je n'aime pas me prendre la tête, la Chine est pour moi le pays le plus libre du monde - jusqu'à ce que je commette une faute ou que mon fils, à mon insu, se mette à réfléchir... Le Tibet, à proprement parler, ne fait pas partie du même ensemble que la Chine. Il a un rythme extrêmement lent, une dévotion phénoménale, une vie au contact d'une nature très exigeante, où les hommes se sentent proches des esprits... Rien à voir avec notre Parti communiste et ses transformations à la hache. Quand nous forçons les Tibétains à épouser nos choix, nous les mettons au supplice. Comme les Américains, qui ont progressivement contraint les Indiens à disparaître. Je souhaite vraiment que le dalaïlama puisse rentrer au Tibet. Il est à la fois une autorité religieuse et une personne moderne qui connaît le monde. Il pourra les aider à surmonter cette épreuve et à trouver leur voie.

    (1)«Beijing coma», par Ma Jian, Flammarion, 2008, 630 p., 23 euros.

    Ma Jian

    A 30 ans, Ma Jian entreprend un voyage de trois ans à travers la Chine. Il en tire «Chemins de poussière rouge» et «la Mendiante de Shigatze», qui sera censuré par le régime de Pékin. La traduction française de «Beijing coma» vient de paraître chez Flammarion.

    Le Nouvel Observateur

  • La Chine, machine à laver les cerveaux

    Partie 1

    Y a-t-il plus de liberté aujourd'hui en Chine ? Non, estime l'écrivain dissident Ma Jian, aujourd'hui installé à Londres. Selon lui, le système de développement choisi par le régime a pour but de rendre les gens de plus en plus décérébrés

    Le Nouvel Observateur. - Votre dernier livre (1) est le roman de Tiananmen, un roman à la fois très documenté et très 620670.jpgpoétique, le premier consacré à cet épisode dramatique resté tabou en Chine. Vous y décrivez la brutalité du pouvoir, mais aussi l'immaturité des leaders étudiants qui a contribué à l'échec du mouvement.
    Ma Jian. - J'ai voulu écrire ce livre parce que cette période importante est toujours occultée. Bien sûr, les leaders étudiants avaient des insuffisances, mais ces défauts étaient dus au formatage imposé par le Parti communiste. J'étais moi-même à l'époque sur la place Tiananmen et j'ai remarqué à quel point ils se ressemblaient tous. Aucun n'avait - ni ne pouvait avoir - de personnalité à part. Parce que le Parti communiste les avait tous modelés à travers l'éducation. Face à ce lavage de cerveau, leur seule sauvegarde, c'était leur instinct : ils étaient jeunes, ils avaient besoin de liberté. Mais comment résister à une dictature aussi puissante ?
    N. O. - Mais vous-même, à la même époque, vous étiez libre d'esprit...
    Ma Jian. - En vérité, personne n'échappe à ce lavage de cerveau. Sauf ceux qui sont réduits à l'état de légume - comme mon héros qui a pris une balle dans la tête - et qui vivent cachés à l'intérieur de leur propre chair. La plupart des étudiants n'avaient jamais en tendu leurs parents évoquer l'histoire récente. Ils ne connaissaient rien de la société au moment de leur naissance. J'ai voulu montrer comment les communistes ont réussi à manipuler les esprits, génération après génération. C'est de cette façon qu'ils ont fondé leur légitimité, c'est ce qui les rend si difficiles à renverser. Et ça donne un mouvement comme celui de Tiananmen qui, bien qu'énorme, est fondé sur une mémoire d'où toute expérience, tout savoir a été éradiqué. Je ne fais que décrire cette éradication. Décrire les causes de cet échec.


    N. O. - Ils étaient donc si ignorants ?
    Ma Jian. - Ils ne s'étaient jamais intéressés à la politique. Par un sursaut de leur morale, ou de leur conscience, ils ont été entraînés dans la contestation et ont alors découvert qu'ils manquaient de force, d'expérience, de mémoire. Un des futurs leaders a dû aller consulter la Constitution chinoise à la bibliothèque : il n'avait pas la moindre idée de son contenu. Chai Ling, qui est devenue la pasionaria de Tiananmen, ne savait pas que Zhao Ziyang était le premier secrétaire du PC ! Ils n'avaient pas le début d'une notion de politique, d'histoire des luttes.
    N. O. - Vous montrez à quel point la Révolution culturelle, qui fut pourtant un traumatisme collectif colossal, était absente du champ de référence de la génération Tian'anmen.
    Ma Jian. - La réalité de la Révolution culturelle était travestie, refoulée au moment de Tiananmen, et ce qui est triste, c'est que Tiananmen soit à son tour refoulé aujourd'hui. J'étais cet été à Pékin pendant les JO. Pékin était transformé en un immense camp militaire avec 200 000 soldats patrouillant sans cesse. Ca rappelait vraiment l'atmosphère du printemps 1989. Mais personne n'en parlait. La Chine est désormais reconnue par la terre entière, pourquoi rappeler ces mauvais souvenirs ? Après tout les victimes n'étaient que deux ou trois mille, et la plupart des gens pensent : «Vous avez cherché votre malheur. Nous, aujourd'hui, nous avons une bonne vie, ne nous embêtez pas avec vos histoires !» C'est la mentalité dominante, et ça rend bien service au PC.

    N. O. - C'est une attitude récente ?
    Ma Jian. - Non, elle est traditionnelle. Un dicton chinois dit : «Balaie la neige devant ta porte, pas celle qui est tombée sur le toit d'autrui.» Nulle part dans l'histoire chinoise on ne trouve la notion de citoyenneté. La société était soumise jadis au souverain, aujourd'hui au Parti communiste.
    N. O. - Pourtant, il y a aujourd'hui plus de liberté en Chine.
    Ma Jian. - Je pense au contraire que le lavage de cerveau s'est aggravé. Renforcé par sa performance économique, le pouvoir a réussi à légaliser le formatage inculqué par l'éducation. Et aujourd'hui les jeunes le tiennent pour tout à fait légitime. Comme s'ils n'avaient plus besoin d'un jugement personnel. Ils voient le monde à travers les critères que le Parti leur a inculqués. Je me demande parfois s'ils ont besoin d'une vie de l'esprit. Les Chinois ressemblent de plus en plus aux Singapouriens, qui ne trouvent de satisfaction, de fierté, voire de dignité humaine que dans le commerce, dans l'enrichissement.

    Tiré du Nouvel Observateur

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