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liberté de la presse en asie

  • RSF: LA CENSURE, UNE HABITUDE ASIATIQUE

    Extrait du rapport annuel 2007 de Reporters sans Frontières ( RSF)

    "La censure reste un phénomène très largement répandu en Asie. Situation extrême, la Corée du Nord où le "cher leader" Kim Jong-il et son cercle de fidèles imposent un contrôle absolu sur le contenu des informations. Les journalistes, soumis à la surveillance policière et à la rééducation, n'ont pas d'autre choix que de relayer une propagande officielle ubuesque. Dans une moindre mesure, les autres régimes communistes, Laos,Viêt-nam et Chine populaire, utilisent la presse pour délivrer au peuple le message du Parti unique. Mais, bien souvent, les médias, plus dépendants de la publicité que des subsides étatiques, se risquent à traiter des sujets autrefois tabous. Certains titres libéraux en Chine et au Viêt-namont battu en brèche le contrôle officiel. Le Parti sait toutefois poser des limites. Au début de l'année, le Département chinois de la propagande a chassé le célèbre journaliste Li Datong de la direction de l'hebdomadaire Bing Dian. Il avait, entre autres, autorisé la publication d'un article revisitant un passage controversé de l'histoire du pays. Au Viêt-nam, le ministère de l'Information a suspendu au moins cinq publications en l'espace de quelques jours après la publication d'articles sur des scandales impliquant des proches d'un dignitaire du régime.
    La censure préalable imposée à la presse birmane par la junte est implacable. C'est parfois plus d'un tiers des articles et illustrations des publications privées qui sont interdits par les militaires préposés au Bureau de la censure. Tous les sujets liés de près ou de loin à la dirigeante démocrate Aung San Suu Kyi sont bannis. En Thaïlande, pas de censure permanente, mais des centaines de radios locales ont été fermées par la junte militaire qui a renversé, en septembre, le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Le contrôle de l'information s'effectue également par le biais de la mainmise économique d'investisseurs proches des autorités. Ainsi, à Singapour et en Malaisie, les autorités n'accordent des licences qu'aux groupes de presse dont ils se sont assuré la loyauté. A Singapour toujours, d'anciens membres des services de sécurité dirigent les principaux titres privés.
    La religion est également source de censure et d'autocensure. En Afghanistan et au Pakistan, toute critique des autorités religieuses peut entraîner une plainte pour blasphème. Une dizaine de médias ont, par ailleurs, été sanctionnés en Asie pour avoir reproduit ou parlé des caricatures du prophète Mahomet publiées au Danemark. La défense des bonnes moeurs est également l'un des motifs préférés des censeurs asiatiques. A Kaboul, une chaîne de télévision a reçu une forte amende pour avoir diffusé des films indiens jugés contraires à l'islam.
    Les monarques asiatiques savent également imposer la censure sur les informations qui les concernent. Le crime de "lèse majesté" est puni de plusieurs années de prison en Thaïlande. Un patron de presse de Bangkok a échappé de peu à la prison en 2006 après avoir été accusé d'avoir insulté le roi.Au Bhoutan, les médias, dont un seul est privé, sont encore tenus de parler du roi dans des termes plus que respectueux. Enfin, au Brunei, le sultan et sa famille font presque systématiquement la une de la presse, et les critiques sont extrêmement rares. Peu nombreux sont les pays d'Asie où tout peut être dit ou écrit. Même en Corée du Sud, une position favorable au voisin du Nord est toujours passible d'une peine de prison. Au Japon, parler librement des mafias ou des groupes nationalistes violents n'est pas chose facile. La Nouvelle-Zélande est dans ce contexte un exemple réussi de respect quasi absolu de la liberté de la presse.

    DES NOTES D’ESPOIR
    Il existe de vraies notes d'espoir sur le continent. Ainsi, le développement des chaînes de télévision privées, plus à même d'apporter à des centaines de millions de foyers une information libérée de l'emprise gouvernementale, est une tendance commune au Pakistan, à l'Afghanistan, à la Chine ou à l'Inde. Brisant des décennies de monopole étatique sur l'information télévisuelle, Geo TV au Pakistan, Tolo TV en Afghanistan, Phoenix TV en Chine ou CNN-IBN en Inde repoussent les limites de la censure. Certains pays résistent à cette avancée. Aux Maldives, le gouvernement n'a pas respecté sa promesse d'ouvrir avant la fin de l'année le secteur des médias électroniques. Et en Birmanie, les militaires interdisent à la population de regarder la chaîne indépendante DVB TV, diffusée par satellite depuis la Norvège. Le nombre de journalistes emprisonnés en Asie est globalement à la baisse. Les centres de détention du Népal se sont vidés après la révolution démocratique d'avril. Ceux de Birmanie comptent de moins en moins de journalistes, même si U Win Tin, lauréat du prix Reporters sans frontières – Fondation de France 2006, continue de purger sa peine de vingt ans pour ses écrits favorables à la démocratie. La Chine a libéré Jiang Weiping et Gao Qinrong, condamnés à de lourdes peines pour des articles sur la corruption, et aucun journaliste arrêté en 2006 n'a été maintenu en détention. Pourtant les gouvernements asiatiques disposent toujours de textes qui leur permettent d'embastiller des journalistes pour des délits de presse. Cette année, seul le Cambodge a fait le choix courageux de dépénaliser la diffamation. L'Indonésie a, quant elle, retiré de sa législation le délit d'insulte au chef de l'Etat, utilisé dans le passé contre des journalistes. En revanche, les gouvernements de Manille et de Dacca n'ont rien fait pour empêcher un déluge de plaintes en diffamation abusives contre la presse. Aux Philippines, l'époux de Gloria Arroyo a déposé plus de quarante plaintes contre des médias privés. En réponse, les organisations de journalistes lui ont réclamé un peso par habitant de dommages et intérêts. Les deux poids lourds asiatiques, l'Inde et la Chine, ont choisi des modèles radicalement différents en matière de liberté de la presse. Dans le premier, les médias s'imposent chaque jour davantage comme des contre-pouvoirs efficaces, capables de dénoncer les plus puissants. Chez le second, la presse, pourtant soumise à la concurrence, est encore sous le contrôle d'un Parti-Etat sûr de sa puissance, et qui necompte pas abandonner son pouvoir de censure.

    Vincent Brossel
    Responsable du bureau Asie-Pacifique"

     

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