Avertir le modérateur

les journalistes étrangers

  • Un an après ses Jeux, la Chine s’est renfermée

    Le Comité international olympique avait misé sur une ouverture du pays, mais le nationalisme actuel des jeunes de l’élite chinoise laisse à penser que le pari est manqué


    Un après les Jeux olympiques de Pékin,  le régime communiste ne s'est pas toujours pas ouvert (AFP/Fabrice COFFRINI).

    Ils sont jeunes, diplômés de l’université, et ils possèdent des moyens suffisants pour vivre confortablement dans une grande ville chinoise comme Pékin ou Shanghaï : en un mot, ils représentent la tête pensante et agissante de la Chine de demain. Un an après les Jeux olympiques, ils se félicitent de la tenue de cet événement qu’ils considèrent comme « phare » dans l’histoire de leur pays.

    « Les Jeux olympiques ont permis à la Chine de montrer ses capacités au monde entier, se félicite Hui Xingmen, 25 ans. La population et le gouvernement ont montré qu’ils pouvaient marcher main dans la main pour organiser le plus bel événement mondial. Tout s’est parfaitement déroulé. » Pour Li Jun, 32 ans, « l’important était de remporter des médailles et de terminer premiers du total, devant les Américains. Pourquoi ? Nous devions confirmer notre retour à notre juste place. La Chine a toujours été une nation puissante. Les pays occidentaux ont profité de ses faiblesses internes pour diriger le monde. Même s’ils tentent aujourd’hui encore de nous empêcher de revenir à notre juste place, nous y arriverons. Les Jeux n’étaient que la première marche. »

    Le 14 juillet 2001, les membres du Comité international olympique (CIO) ont choisi Pékin pour organiser les Jeux d’été 2008. François Carrard, alors directeur général du CIO, explique que ses collègues ont « misé sur le fait que, lors des sept prochaines années, dans de nombreux domaines, l’interaction, l’ouverture, le progrès et le développement, la situation se sera améliorée. » Liu Qi, alors maire de Pékin, devenu président du comité olympique chinois et aujourd’hui membre de la plus haute instance politique du pays, assure alors : « Nous croyons dans la capacité des Jeux à élever notre niveau de vie et à accélérer l’ouverture et les réformes. »

    Pas d'ouverture aux cultures étrangères

    Au-delà de la question des droits de l’homme – la répression s’est intensifiée depuis huit ans contre les voix discordantes vis-à-vis de la ligne officielle –, les Jeux n’ont pas célébré le mélange des cultures, ni surtout l’ouverture des Chinois vers les cultures étrangères, l’un et l’autre promis par les autorités. Celles-ci avaient avant tout cherché à limiter les contacts entre les autochtones et les visiteurs étrangers ; elles avaient ainsi conseillé aux Pékinois de regarder « le succès de la cérémonie d’ouverture devant leur poste de télévision », afin de favoriser le maintien de l’ordre. Une instruction suivie à la lettre pendant toute la quinzaine olympique.

    Lors de ces dix-huit derniers mois, le climat politique s’est aussi sensiblement dégradé. Les portes de la Chine et des citadins chinois, les plus perméables à la propagande gouvernementale, se sont encore un peu plus refermées. Les tensions ethniques, au Tibet et plus récemment au Xinjiang, ont accru le sentiment d’insécurité de l’élite chinoise. L’unité du pays demeure en effet un pilier de la légitimité de son maintien au pouvoir, et toute attaque à sa notion de « grande Chine » lui paraît donc insupportable.

    « Les pays étrangers soutiennent les révoltes des séparatistes des minorités, assène Ming Xu, une ingénieur de 32 ans. Personne n’a oublié le soutien de la France, de Paris et des Français au dalaï-lama pendant le relais de la torche olympique. De leur côté, les Américains soutiennent les Ouïgours et les Taïwanais. L’Occident ne veut pas d’une Chine trop puissante, il veut pouvoir continuer à régner sur le monde. Cela se retrouve notamment dans son discours environnemental : l’Europe et les États-Unis ont pollué pendant des siècles, et ils veulent aujourd’hui interdire toute croissance aux pays en voie de développement. »

    « Les journalistes étrangers détestent notre pays ! »

    Cette aigreur et cette analyse très nationaliste étonnent, de la part d’une mère de famille qui parle parfaitement français et anglais, et qui a habité en Europe pendant trois ans. À la différence de la quasi totalité des jeunes citadins de cette élite, elle accepte néanmoins de discuter avec un journaliste étranger, même si sa famille et ses amis l’ont prévenue, répétant la propagande officielle, qu’« il transformera tes propos pour pouvoir critiquer la Chine, car tous les journalistes étrangers détestent notre pays » !

    Le célèbre dissident chinois Wei Jingsheng ne s’était donc pas tant trompé lorsqu’il avait indiqué, en 2001 : « Si la Chine obtient les Jeux, cela enflammera un nationalisme extrême. Cela jouera un rôle nocif dans la vie morale et spirituelle des gens. Le parti fera sa promotion auprès des éléments anti- occidentaux, et il pourrait même être encouragé à attaquer Taïwan. »

    Les préparatifs des fêtes du 60e anniversaire de la République populaire, le 1er octobre prochain, laissent à penser que cet état d’esprit ne changera pas. « La sécurité sera petit à petit augmentée dans la capitale, jusqu’à la fin des vacances nationales du mois d’octobre. Le niveau de sécurité sera aussi rigoureux que pendant les Jeux olympiques. Et la vigilance autour de la place Tian An Men sera bien plus sévère que pour les 20 ans du massacre du 4 juin 1989 » : il y a deux semaines, le quotidien officiel China Daily s’est voulu très clair en indiquant que les autorités pékinoises ne feront pas dans la demi-mesure en termes de sécurité.

    Pourtant, les visiteurs étrangers s’étaient déjà étonnés du niveau de sécurité déployé pendant les Jeux olympiques, avec plus de 100 000 policiers, militaires et volontaires chargés de l’ordre publique sur le terrain. Peut-être est-ce la vision chinoise du concept d’ouverture.

    Tristan de BOURBON, à Pékin

    La Croix: http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2389256&rubId=1094

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu