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le parti communiste et les droits de l'homme

  • Vers un réchauffement des relations Ottawa-Pékin?

    L'ex-parlementaire David Kilgour (droite), en compagnie de deux pratiquantes de Falun Gong,
    L'ex-parlementaire David Kilgour (droite), en compagnie de deux pratiquantes de Falun Gong, donne une conférence de presse à Ottawa pour demander au ministre Stockwell Day, visitant la Chine, de soulever la question des droits de l'homme en Chine. (Samira Bouaou/La Grande Époque)

    La question des droits de l'homme ne semble plus être un obstacle pour le gouvernement Harper
    OTTAWA – La visite en Chine du ministre canadien du Commerce international Stockwell Day, qui a pris fin le 16 avril, a été perçue pour beaucoup comme le début d'un réchauffement des relations entre Ottawa et Pékin. La position conservatrice, ces trois dernières années, avait été de ne pas «vendre les droits de l'homme pour le puissant dollar». M. Day, auparavant un critique virulent du régime communiste chinois, a changé de ton dans son rôle visant à permettre aux entreprises canadiennes d'obtenir des débouchés.

    Selon son bureau de communication, «le ministre Day a fait part des préoccupations du Canada sur la question des droits de la personne». «Notre politique repose sur des engagements constructifs et nous avons discuté de toutes les questions d’intérêt commun», affirme-t-il dans un communiqué, sans mentionner spécifiquement les dites questions.

    M. Day a jugé «significative» l'annonce du gouvernement chinois, faite lors de son séjour en Chine, qu'un plan national pour les droits de la personne serait mis en place.

    L'enthousiasme de M. Day ne s'est pas reflété chez les militants canadiens, eux qui souhaiteraient voir des progrès concrets plutôt que des promesses sur papier.

    Selon eux, le régime pourrait, entre autres, tout d’abord cesser de persécuter les défenseurs des droits de l'homme, notamment les avocats.

    Le 13 avril 2009, le jour où le régime a annoncé le lancement de son plan d'action, on rapporte que des responsables du gouvernement de la ville de Chengdu ont gravement battu l'avocat pékinois Cheng Hai, alors qu'il était en chemin pour rencontrer la mère d'un de ses clients emprisonné qui est un pratiquant de Falun Gong.

    Dermod Travis, directeur exécutif du Comité Canada-Tibet, estime que le nouveau plan «pourrait être qualifié de [tentative] d'aseptisation».

    «Dans le passé, nous avons vu de la part de la Chine une tendance à mettre de l'avant de grandes paroles qu'elle ne respecte pas de manière lamentable. Nous avons certainement vu ça avec ces promesses faites au Comité international olympique pour obtenir le droit d'organiser les Jeux en 2008.»

    Au lieu de remplir ses promesses d'améliorer les droits de l'homme, les médias et les organisations de par le monde ont rapporté une détérioration des droits et libertés en Chine avant les Jeux de Pékin.

    «Nous devons soulever la question du manque d'attention porté aux droits civils et politiques dans le document», fait remarquer Lindsay Mossman, une responsable du dossier Chine chez Amnesty International Canada.

    «Nous aimerions voir, par exemple, des réformes qui garantissent que les militants des droits de la personne ne seront pas détenus arbitrairement, qu'ils ne seront pas harcelés et que les prisonniers de conscience seront aussi libérés. C’est le genre de choses qui devrait être souligné dans le plan avec des objectifs concrets comme il y en a pour d'autres domaines.»

    Le plan d'action national de 54 pages met l'accent sur «le droit à la subsistance et au développement», déterminant des cibles dans les domaines de l'emploi, du logement, de la sécurité sociale, des soins médicaux et de l'éducation.

    La présidente de la Uyghur Canadian Society, Rukiya Turdush, voit de l'espoir pour le peuple chinois, mais le «désespoir» pour les Ouïghours du Xinjiang dans le nord-ouest de la Chine. Elle dit ne pas croire que le plan sera mis en œuvre au Xinjiang.

    L'ex-parlementaire canadien David Kilgour, ayant occupé le poste de secrétaire d'État pour l'Asie-Pacifique, met en relief le cas de l'avocat défenseur des droits de l'homme Gao Zhisheng, sélectionné pour le prix Nobel de la paix.

    M. Gao a été torturé pendant plus de 50 jours d'affilée en 2007 après avoir écrit une lettre ouverte au Congrès américain dénonçant la situation des droits de l'homme en Chine avant les Jeux de Pékin. Les tortionnaires ont électrocuté son corps en entier, incluant sa bouche et ses parties génitales, et ont percé ces dernières avec des cure-dents.

    Gao a été kidnappé à nouveau par plus d'une dizaine d'agents du régime le 4 février 2009. Personne ne sait actuellement où il est gardé en détention.

    Le Parti communiste et les droits de l'homme «complètement opposés»

    M. Kilgour estime qu'aussi longtemps que le Parti communiste contrôlera la Chine, il n'y aura pas de respect pour les droits et libertés.

    «Depuis 1949, le Parti a fait tout son possible pour détruire tout ceci [droits et libertés] – ce que nous tenons pour acquis dans les pays où il y a la primauté du droit. Les [droits de l'homme et le Parti] sont complètement opposés.»

    David Kilgour et David Matas, avocat international spécialiste des droits de la personne basé à Winnipeg, ont publié en rapport en 2006-2007 documentant des preuves que le régime permet les prélèvements d'organes sur les pratiquants de Falun Gong emprisonnés. Malgré les multiples requêtes des rapporteurs spéciaux des Nations Unies, le régime continue à démentir les prélèvements forcés et refuse la tenue d'une enquête indépendante en Chine.

    M. Travis ne voit «rien de spécial» dans le plan d'action quant au droit à un procès équitable et transparent, au droit à un avocat, à la liberté religieuse et au droit de rassemblement pacifique.

    Tout dernièrement, deux Tibétains ont été condamnés à mort pour leur rôle présumé dans le soulèvement du printemps 2008, affirme-t-il.

    «L'année dernière, lorsque des avocats chinois se sont portés volontaires pour défendre les Tibétains contre des accusations associées au soulèvement, il est devenu très clair que le gouvernement chinois ne leur permettait pas de défendre les Tibétains et qu'ils devaient se retirer de ces causes», explique-t-il.

    Il y a environ 340 camps de travail forcé en Chine dans lesquels on estime que 250 000 prisonniers font du travail forcé dans des «conditions épouvantables, et la moitié d'entre eux seraient des pratiquants de Falun Gong», souligne M. Kilgour.

    «Vous ne pouvez publier un document de 50 pages comme ça et avoir une quelconque crédibilité si vous gardez ces camps de travail ouverts. Ces camps sont peut-être l'exemple le plus frappant pour illustrer le fait qu'il n'y a pas de primauté du droit en Chine, car vous pouvez être envoyé dans ces camps sans avoir subi de procès pour une période allant jusqu'à quatre ans.»

    Tiré de La Grande Epoque

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