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le « frapper fort » version bo xilai

  • Campagne de répression à Chongqing

    Arrestations à Chongqing. China Photos/GettyImages
    Arrestations à Chongqing. China Photos/GettyImages

    En Chine la campagne « Frapper la noirceur » a été lancée en juin 2009 par Bo Xilai, chef très en vue du parti communiste de Chongqing. Alors même que les médias d’État la saluaient comme moyen de sévir contre les gangsters et la corruption locale, pour les critiques, cette campagne est illégale, inconstitutionnelle, et réveille les souvenirs de la Révolution culturelle. Pour d’autres critiques encore, elle ne fait que renforcer la corruption dans les milieux censés appliquer la loi.


    D’après le chef adjoint du Bureau de la Sécurité publique de la ville, depuis 1983, c’est la première fois à Chongqing qu’une campagne prend des mesures aussi répressives à l’encontre des malfrats et de la corruption à grande échelle.


    Un article du 3 février du Quotidien Sud-Métropolitain de Guangzhou révélait que la campagne avait provoqué l’arrestation de  10.372 personnes dans la ville et conduit à plus de 1.000 condamnations aux travaux  forcés entre le 10 juillet et le 30 septembre 2009. L’article, intitulé « Vagues de Détentions de Travaux forcés dans la campagne du ‘ frapper la noirceur ‘ » décrit comment la campagne a abouti à une déferlante sur les maisons d’arrêt de Chongqing.

    Des quotas de détentions imposés aux policiers


    L’article explique que les commissariats de police locaux reçoivent des objectifs de  « quotas de travaux forcés » à réaliser.  Lorsqu’il n’atteint pas ces objectifs une première fois, un chef de police reçoit un avertissement ; pour un second échec, il est licencié.


    Selon ce rapport, afin d’atteindre leur quota, certains commissariats de police, recourent à un commerce de détenus de travaux forcés – au prix de 3.000 yuans (environ 300 euros) par détenu.


    Les autorités de la ville ont également décidé que toute personne ayant un casier judiciaire peut être envoyée en camp de travaux forcés si elle est trouvée avec un couteau sur elle.
    D’après un habitant de Chongqing, les fonctionnaires des services de justice locaux ont précisé que, dans la campagne du ‘frapper la noirceur’, une personne envoyée en camp de travaux forcés ne peut bénéficier d’aménagements de peine ; elle y restera jusqu’au bout.
    L’article révèle également qu’en cas d’erreur avérée, il est prévu d’indemniser la victime… mais uniquement après qu’elle a purgé la peine à laquelle elle était condamnée.

    Des disputes familiales aggravées par la police

    Les critiques et les victimes se plaignent unanimement de sanctions qui ne correspondent pas aux délits ou crimes commis. Par exemple, une banale dispute familiale est considérée comme une « intrusion par effraction ». Si quelqu’un transporte un couteau de cuisine dans son sac à dos, il peut être emprisonné pendant deux semaines.


    Le 19 septembre 2009 par exemple, Chen Anxian rentrait chez lui de Chongqing à Guizhou, la police l’a contrôlé et fouillé à la gare alors qu’il achetait son ticket de transport. Il a été arrêté sur le champ pour port de couteau dans son sac. Un mois plus tard, il  était condamné à un an de travaux forcés parce qu’il avait un casier judiciaire.


    Un jeune homme réclamait de l’argent à sa sœur pour pouvoir aller surfer sur Internet. Il avait un canif en main à ce moment là et sa sœur a appelé la police; celle-ci a confisqué le canif et a accusé le jeune homme de menaces à la famille. Il a finalement été condamné à un an de travaux forcés.


    L’affaire n’a pas été enregistrée comme une dispute familiale notifiée par appel téléphonique, mais comme un cas d'« intrusion par effraction » découvert par la police au cours d’une patrouille dans les rues. « Si j’avais su que ça finirait comme ça, je n’aurais jamais appelé la police », confie la sœur de la victime au journal.


    L’article rapporte aussi que le transport de couteaux à cran d’arrêt peut aboutir à une arrestation; les gares routières, les places publiques, voire les épiceries sont devenues des lieux de prédilection pour les contrôles de police où de telles arrestations se déroulent.

    Une campagne politique illégale


    Jason Ma, journaliste politique et économique de la New Tang Dynasty Television (NTDTV), explique que la majorité des personnes envoyées en camps de travaux forcés sur les trois derniers mois, l’a été à tort ; elles sont simplement tombées dans les filets de la campagne et sont victimes des procédés politiques de Bo Xilai, qui veut redorer son image et promouvoir son avancement politique.


    Heng He, un autre analyste politique, considère également qu’arrêter des dizaines de milliers de personnes dont plus de 1.000 ont été envoyées aux travaux forcés en si peu de temps, a forcement occasionné de nombreuses condamnations injustes.


    Théoriquement, si l'on tient compte des agents disponibles pour appliquer la loi à  Chongqing, les autorités n’ont probablement pas eu le temps de rassembler les preuves nécessaires et monter des dossiers solides pour tant de détenus en seulement trois mois, analyse Heng. « Et sur ce point là, c’est exactement ce qui s’est passé au cours de la Révolution culturelle. »
    Pour Li Heping, avocat des droits de l’homme à Pékin, le fait que les autorités de Chongqing concentrent ainsi leurs efforts sur les travaux forcés est illégal et montre que le système de travail forcé est inconstitutionnel puisqu’il permet une détention sans jugement pendant trois ans.

    Sur le même ton, l’avocat Xu Yanyi de Pékin parle d’une mesure politique extrême, qui « foule aux pieds l’autorité de la loi et les droits de l’homme. »  Qiu Feng, universitaire chinois spécialiste du droit constitutionnel interviewé par Radio France Internationale, qualifie ‘Frapper la noirceur’ de mouvement politique au-dessus de la loi : « Dans une grande mesure, les tribunaux et le procureur n’ont pas suivi le processus légal ».

    Un mouvement politique tous les dix ans


    Le régime communiste chinois lance en moyenne un mouvement politique tous les dix ans. Heng He constate que depuis la fin de la Révolution culturelle, il y a eu les arrestations massives des militants pour la démocratie en 1989, puis des pratiquants du Falun Gong depuis 1999 et enfin des « malfrats » dans la campagne de 2009.


    Dans chaque mouvement politique, le régime utilise, explique-t-il, sa machine de propagande comme une arme puissante. C’est la même tactique qui est utilisée dans la campagne ‘frapper la noirceur.’ La presse a fait ses choux gras des histoires de personnalités comme le célèbre avocat Li Zhuang, ou de Wen Qian, ancien chef adjoint de la police et directeur du bureau de la justice municipale, rapportées dans des articles sensationnels, les livrant au peuple avant qu’ils soient finalement jugés. Le bombardement par les grands médias est en Chine une façon de manipuler l’opinion lors des mouvements politiques, indique Jason Ma.


    Dans le cas de l’ambitieux Bo Xilai, l’objectif de la campagne de répression est très probablement de se positionner pour obtenir sa place au comité permanent du bureau politique du parti communiste chinois en 2012.

    Tiré de: http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Chine-/-Asie/Campagne-de-repression-a-Chongqing.html

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