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l'histoire des bronzes chinois

  • Pierre Bergé : « Le jour où la Chine deviendra indiscutablement une démocratie... » - Partie 1

    Pierre Bergé.(La Grande époque)
    Pierre Bergé.(La Grande époque)

    Pierre Bergé revient sur les tensions qui ont entouré la vente aux enchères des deux têtes chinoises issues du Palais d’été. Selon lui, si les statues étaient restées en Chine, elles auraient sans doute été détruites durant la révolution culturelle. Cependant, très engagé pour le respect des droits de l’Homme, il n’exclut pas de rendre les statues à la Chine quand elle aura un visage plus démocratique.

    Pierre Bergé : Je suis allé en Chine il y a très longtemps. J’ai même travaillé à l’époque avec le gouvernement chinois. J’avais été nommé conseiller supérieur de la République Populaire de Chine ; mais le jour du drame de Tian An Men, j’ai décidé de rompre toutes mes relations avec la Chine et tous les investissements industriels que j’étais en train de programmer avec les Chinois. A ce moment-là je me suis rapproché des Chinois en exil en France, et d’ailleurs dans le monde, et j’ai offert aux Chinois un local que j’avais rue de Tournon pour faire une maison chinoise de la démocratie, ce qui a été fait.

    Après je suis devenu propriétaire de deux têtes en bronze – un lapin et un rat – qui étaient au Palais d’Eté et qui ont été détruits par le sac du Palais d’Eté au XIXe siècle. Premièrement, il n’y a aucune preuve que ces têtes aient été emmenées ni par des Anglais ni par des Français. Ces têtes ont peut-être été volées par des Chinois et ces têtes ont peut-être été vendues par un antiquaire chinois de Pékin.

    Deuxièmement si ces têtes étaient restées en Chine, je pense qu’aujourd’hui avec la Révolution culturelle elles seraient détruites et qu’elles n’existeraient plus. Donc je pense que les Chinois devraient plutôt me remercier de les avoir gardées, elles sont en parfait état. Les Chinois voudraient que je leur rende ces têtes. D’abord, je ne dois rien aux Chinois. Ensuite, il existe des règlements internationaux qui me protègent et pas plus que les Grecs ne peuvent réclamer à l’Angleterre les fresques du Parthénon qui sont conservées au British Museum à Londres, les Chinois ne peuvent pas me réclamer les deux têtes.

    Cela dit, j’aime beaucoup la culture chinoise et je trouverais tout à fait normal que ces têtes retournent dans leur pays d’origine, c’est-à-dire à Pékin, et peut-être au Palais d’Eté à Pékin. Mais j’estime que les Chinois devraient faire un pas vers moi. Je leur ai dit – et je le dis aujourd’hui – que je suis prêt à offrir ces têtes au Gouvernement chinois le jour où le Gouvernement chinois reconnaîtra les droits de l’Homme, c’est très simple et c’est très facile.

    Il ne suffit pas d’aller aujourd’hui à Londres au G20 avec tous les autres chefs d’État du monde. Il faut faire des choses beaucoup plus simples que cela, c’est-à-dire respecter la démocratie, respecter les droits de l’Homme. Et pour ce qui concerne le Dalaï-Lama, le Tibet, moi je ne suis pas religieux, je ne suis pas Tibétain, mais je pense que les Tibétains ont le droit d’exister chez eux. Je pense que les Tibétains ont tout à fait le droit de pratiquer leur religion chez eux et je trouve que la Chine est en train de commettre un génocide – lent, mais certainement un génocide – en interdisant le retour des Tibétains sur leur territoire ou en massacrant les Tibétains comme ils le font. Alors le jour où la Chine sera devenue un pays indiscutablement démocratique, je leur donnerai mes têtes chinoises.


    LGE : Sans indiscrétion, pourriez-vous nous dire comment vous avez obtenu ces bronzes ?

    Pierre Bergé : Ce n’est pas un secret, je les ai achetées chez un antiquaire français. Elles venaient de deux collections françaises depuis longtemps : une collection d’un Français qui s’appelait Pommereux et qui avait ces têtes avenue Foch et avant d’un peintre espagnol qui s’appelait José Maria Sert qui était un peintre et aussi un grand collectionneur. Voilà d’où viennent ces têtes et je les ai achetées comme ça. Ces têtes-là, j’ai dû les acheter il y a dix ou douze ans.

    LGE : Nous savons aussi que lors d’une première enchère à Hong-Kong, en 1985, le premier prix d’enchère était de 500 dollars, ce qui était très bas. En 2000, une entreprise de l’armée chinoise a payé 30 millions hongkongais de dollars pour acheter trois têtes, puis en 2003 un homme d’affaires de Macao a payé six millions de dollars hongkongais pour la tête de cochon. En 2007, le même acquéreur a versé presque neuf millions de dollars américains pour la tête de cheval. Cette année à Paris, le prix d’enchère au départ était de huit millions d’euros, douze millions d’euros pour l’ensemble. D’après vous, pourquoi cette augmentation du prix de ces bronzes ?

    Pierre Bergé : Parce c’est très beau, parce que c’est très rare et parce qu’il n’y en a que douze. C’est la dernière qui vaudra le plus cher. Lorsque les onze seront vendues, il en restera une, et celle-là vaudra très cher.

     

    A suivre...

    Tiré de La Grande Epoque le 09 04 09

    http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/6184/105/

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