Avertir le modérateur

inégalités

  • L’art bien maîtrisé de la carotte et du bâton

    tiananmen_parti.jpgVoici un très bon article de Courrier International sur la légitimité et les méthodes du parti communiste en Chine

    Le Parti communiste chinois a très bien su utiliser le développement économique pour conserver – et renforcer – son emprise sur le pays.

    Vingt ans après le massacre de la place Tian’anmen, la Chine est assaillie par une série de problèmes plus graves encore qu’en 1989. Le plus urgent, manifestement, est de sortir le pays de la récession dans laquelle il est entré voilà un an. Malgré les appels répétés de Hu Jintao, secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) depuis sept ans, en faveur de l’établissement d’une “société harmonieuse”, les résultats sont mitigés. La légitimité du régime chinois repose aujourd’hui en grande partie sur la croissance économique. Maintenant que celle-ci est entamée par le déclin de la demande extérieure, et par les déséquilibres internes dus au faible niveau de consommation et à une trop grande dépendance vis-à-vis des investissements, le PCC se trouve confronté à la question qui prévalait déjà en 1989 : quelle est sa raison d’être ?

    Pour les étudiants protestataires de Pékin et des autres villes du pays, soutenus par une large part de la population, le PCC était devenu, il y a vingt ans, le bastion d’un pouvoir mercantiliste agissant dans son propre intérêt plutôt que dans celui du pays. A leurs yeux, la croissance, dont le parti s’était prévalu depuis que Deng Xiaoping avait lancé une réforme économique axée sur le marché à la fin de 1978, avait produit des inégalités, favorisant les détenteurs du pouvoir, générant de la corruption et désavantageant les personnes vivant d’un revenu fixe (ou d’une bourse d’étudiant). Le régime politique était resté résolument hiérarchique. Indépendamment de la teneur des messages délivrés, les dirigeants continuaient à se comporter comme des empereurs promulguant des décrets du haut de la porte Tian’anmen [face à la place du même nom].


    Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, le recours à la force a servi une nouvelle fois à régler un conflit et permis à des dirigeants conservateurs de s’imposer au détriment du réformateur Zhao Ziyang, le secrétaire général du Parti. Bien des problèmes qui se posaient en 1989 persistent aujourd’hui. En 2007 et au début de 2008, la croissance s’est emballée. Ces dernières années, malgré tous les efforts de Hu Jintao pour construire sa société harmonieuse, le coefficient de Gini, qui sert à mesurer les écarts de richesse au sein d’une société, a augmenté. Une enquête récente effectuée sur Internet montre que le principal grief exprimé par les Chinois est la corruption. Hormis quelques cibles de premier plan, comme le directeur du Bureau de l’alimentation et des médicaments, qui a été exécuté en juillet 2007 pour avoir reçu des pots-de-vin, les campagnes contre la concussion ont peu d’effets ou, comme dans le cas de Cheng Liangyu, le secrétaire du Parti à Shanghai, qui a été démis de ses fonctions [et condamné à dix-huit ans de prison en 2008], ont des motivations essentiellement politiques. Les travailleurs chinois ne peuvent adhérer qu’au syndicat officiel. L’aristocratie communiste s’est développée, la moitié des membres actuels du Bureau politique étant des “princes”, c’est-à-dire des descendants des dirigeants de la première génération. La primauté du droit demeure fragile, la police et les tribunaux faisant respecter la loi selon les ordres des autorités. Le sens de la responsabilité est faible, comme en a témoigné, en 2008, le scandale du lait en poudre frelaté [voir CI no 935, du 2 octobre 2008], où les efforts pour étouffer l’affaire n’ont pris fin qu’après la mort de nourrissons.

    Par-dessus tout, le contrat imposé par les chars le 4 juin 1989 demeure en vigueur. Le PCC garantit l’essor économique du pays tant que sa domination politique n’est pas remise en question. Même avec la crise de cette année, les dirigeants du Parti ont déployé tous leurs efforts pour encourager la reprise, afin de conforter le message de M. Hu affirmant que seul le PCC peut permettre à l’économie chinoise de prospérer. Lors de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale du peuple, en mars, son président, Wu Bangguo, le numéro deux du Comité permanent du Bureau politique, a bien réaffirmé qu’il n’y avait pas de place en Chine pour une démocratie de style occidental. Pourtant, il ne faut pas y voir un signe d’immobilisme. Le modèle léniniste perpétué par le PCC autorise celui-ci à modifier à sa guise les termes du marché. Même si cela lui attire des conflits avec des groupes d’intérêt et des bastions hostiles au changement, le Parti a procédé à une mutation d’envergure depuis 1989. Il s’efforce d’instaurer une nouvelle forme d’“Etat éclectique” [référence à l’ouvrage de David Shambaugh China’s Communist Party: Atrophy and Adaptation, University of California Press, 2008, non traduit en français] en recourant à des pratiques tant autochtones qu’étrangères pour s’adapter à l’évolution du monde. La caractéristique du gouvernement chinois de la dernière génération, surtout depuis 1989, est de mettre l’accent sur le monopole du pouvoir du PCC tout en s’impliquant totalement dans la définition d’un modèle de croissance. Maintenant que celui-ci demande à être révisé, le Parti se trouve confronté à un défi de nature similaire. Mais la capacité d’adaptation darwinienne dont il a fait preuve en passant du maoïsme à l’économie de marché, ou de l’utopisme à la politique gestionnaire, n’est pas mince. Quoi qu’on souhaite, il est difficile de déterminer d’où viendrait l’incontournable démocratisation que l’on prédit pour la Chine.

    […]
    Tiré de Courrier International: http://www.courrierinternational.com/article/2009/05/28/l-art-bien-maitrise-de-la-carotte-et-du-baton

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu