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gauche prolétarienne

  • Révision historique de la Révolution culturelle en Chine

     

    La Révolution culturelle chinoise lança, chez les intellectuels français, la grande mode maoïste. Deux historiens apportent des éléments décisifs sur cet épisode encore très controversé

    A quoi bon parcourir encore les dossiers noirs de la Révolution culturelle ? L'affaire semble entendue de longue date. D'André Glucksmann à Jean-Claude Milner, les prochinois parisiens les plus en vue des années 1970 en sont aujourd'hui devenus les plus zélés détracteurs, les uns ayant carrément sauté en marche dans le train sarkozyste, les autres reconvertissant leur déni passionné du réel dans la défense d'un Occident à leurs yeux menacé. Le fondateur des Editions Verdier, Gérard Bobillier, ex-mao et fidèle de Benny Lévy, ne déclarait-il pas peu de temps avant sa mort que la «seule grandeur de la Gauche prolétarienne» fut «son autodissolution» ? Il n'est pas jusqu'aux derniers intellectuels à prêter aujourd'hui encore un héritage positif à certains schèmes maoïstes, Alain Badiou  en tête, qui n'admettent «l'échec terrible» (1) par lequel se solda ce chaos révolutionnaire de dix ans.

     

    Les auteurs

     

    Sinologues de réputation internationale, Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals enseignent respectivement à Harvard et à l'Université de Lund.

     

     

    Sans doute, mais toute une génération nouvelle a aussi besoin de comprendre. Que les plus intenses normaliens des années 1970, le sel de la crème de l'élite, aient adhéré comme un seul homme à une hyperbole idéologique si manifestement liberticide, «archaïque et réactionnaire», écrira Simon Leys dès 1971, il y a là une énigme fascinante. Qu'un mouvement de masse censé renverser «par la gauche» la pétrification bureaucratique, si l'on prend du moins un instant au sérieux l'objectif avancé par Mao, se soit achevé en Chine par le féroce affermissement du Parti-Etat, sa mise au service des milliardaires de Shanghai, et l'oppression militaire d'une des populations ouvrières les plus pauvres au monde, il y a là un phénomène qui devrait au moins intéresser quiconque cherche à penser un peu sérieusement le passé et c02b2667f373e06a79e5f5b3776a4699.jpgl'avenir des politiques d'émancipation. Disons-le franchement, l'«antitotalitarisme» à la française n'a que très partiellement répondu à ces attentes. Les leçons de morale des repentis et les sarcasmes prudhommesques de la droite «livre-noir-du-communisme» tenant difficilement lieu d'analyse critique. Il importe donc de revenir aux faits, à leur enchaînement cruel, de tenter de démêler loyalement ce qui au sein de cette séquence historique encore brûlante sépara le calcul politique et la vendetta personnelle des rares moments d'inspiration révolutionnaire authentique. D'autant que même ce travail historiographique élémentaire est encore tâtonnant en Chine, où les revanchards de la Révolution culturelle, ceux-là qui ont pris le pouvoir dans le sillage de Deng Xiaoping, n'ont eu de cesse d'empiler les mensonges et de dissimuler des preuves. Ce livre de deux sinologues, MacFarquhar et Schoenhals, apporte des pièces décisives sur la période allant du 925289901.jpgsurgissement des Gardes rouges étudiants en 1966, jusqu'à la chute de la Bande des Quatre, derniers porte-flingues idéologiques de Mao que lui-même lâchera peu avant sa mort en 1976.

    On sait que le pouvoir chinois donnera en 1981 sa version officielle du bilan effarant de la Révolution culturelle. Le «camarade Mao Zedong» en ressortira diminué mais sauvé, dépeint en héros tragique dont l'erreur gauchiste «de très grande ampleur et de longue durée» fut malgré tout celle d'un «grand révolutionnaire prolétarien». Une vision évidemment battue en brèche ici, tant le déchaînement de violence idéologique initié par Mao fut indiscernablement lié dès l'origine à sa volonté de consolider un pouvoir personnel total. En 1956, Mao avait craint de se voir dénoncer après sa mort par un Khrouchtchev local. Lors du limogeage de ce dernier en 1964, c'est une angoisse encore plus vive qui étreint le leader chinois. Celle de se voir évincer avant sa mort. Dès lors la dévotion totale à sa personne deviendrait le seul critère au sommet de l'Etat. Mao n'allait pas hésiter pour cela à conclure de longues alliances avec des «droitistes» dociles comme Zhou Enlai, tout en allumant la mèche de la Révolution culturelle, vaste campagne de terreur rouge destinée à conjurer le spectre d'une liquidation du communisme. Dix ans plus tard, elle aboutirait rigoureusement au résultat inverse.

    Lire la suite de cet article sur le NouvelObs.com : http://bibliobs.nouvelobs.com/20091112/15830/mao-le-dernier-empereur

     

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