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film taiwanais je ne peux pas vivre sans toi

  • Je ne peux pas vivre sans toi, véritable phénomène de société

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    Je ne peux pas vivre sans toi, primé dans de très nombreux festivals à travers le monde.

    BANDE ANNONCE DU FILM A LA FIN DE L'ARTICLE

    Je ne peux pas vivre sans toi, primé dans de très nombreux festivals à travers le monde, consacre la stature internationale de Leon Dai. La sincérité et l’humanisme du réalisateur touchent tous les publics. Le film devient un véritable phénomène de société à Taïwan où il suscite débats, prise de conscience et réformes de l’administration publique.

    Ce long-métrage d’auteur tourné en noir et blanc est bouleversant de sobriété. L’amour fou de cet homme pour sa fille se joue dans les silences et les regards. Un film qui mérite d’être vu. Rencontre avec Leon Dai.

    Synopsis
    Wu-Hsiung vit de débrouille avec sa fille de sept ans sur les docks du port de Kaohsiung (deuxième métropole de Taïwan). Sans emploi, il mène une vie simple mais dont il se satisfait et la fillette semble heureuse. Elle est en âge d'aller à l'école. Pour l'inscrire, il lui faut obtenir l'autorisation de la mère de l'enfant mais celle-ci a disparu depuis très longtemps. Il doit se battre avec la police et les services sociaux pour la garde de sa fille. Ayant épuisé tous les recours possibles, désespéré de ne pas trouver d'aide, il menace de se jeter d'un pont, avec sa fillette dans ses bras, sous le regard des médias.


    Vous avez fait vos débuts avec Edward Yang. Vous êtes avant tout connu pour être un grand acteur à la fois dans le cinéma d’auteur et le cinéma commercial à Taïwan. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer derrière la caméra ?
    J’ai toujours souhaité être réalisateur, mais à Taïwan, lorsqu’on n’est pas connu, il est très difficile de trouver des fonds pour réaliser un film. J’étais donc un peu obligé d’être acteur avant d’être réalisateur pour gagner ma vie. Cela m’a aussi permis de rencontrer beaucoup de réalisateurs et d’avoir un bon aperçu du cinéma de l’intérieur…

    Comment avez-vous eu l’idée de votre film Je ne peux pas vivre sans toi ?
    Ce film est basé sur un fait divers qui a eu lieu à Taïwan en 2004. J’étais au courant comme tout le monde mais je n’y ai pas prêté une grande attention. Deux ans après, en 2006, j’ai lu un article d’analyse dans la presse sur le sujet. Et là, j’ai pensé qu’on pourrait en faire un film. À partir du moment où j’ai décidé de faire ce film jusqu’à ce qu’il sorte en 2009, j’ai passé trois ans à réfléchir et à le faire.

    Qu’est-ce qui vous a touché dans ce fait divers ?
    Tout d’abord, le rapport entre le père et sa fille m’a semblé très intéressant. Le père tient à la garde de sa fille, il veut s’en occuper comme un vrai père, comme un bon père. Puis les difficultés que ce noyau familial connaît avec la société de façon plus générale. Ces deux thèmes sont parmi ceux qui me préoccupent et que je veux traiter dans mes films… et le film c’est en fait un peu comme ma fille.

    Comment les Taïwanais ont-il réagi ?

    Les gens ont été très touchés. Ils se sont sentis concernés parce que cela peut malheureusement arriver à tout le monde d’avoir des démêlés avec l’administration, parfois même pour des sujets cocasses ou inattendus.  Chaque personne vit, s’insère dans un système et il peut y avoir des problèmes de relations entre la propre vie de chaque individu et le système dans lequel il vit.

    Vous avez rajouté un élément important dans votre scénario. Il s’agit de la communauté hakka. Quelle a été votre motivation ?
    À vrai dire, au départ je n’avais pas pensé à mentionner les Hakkas dans le film. Vous savez que ce film a été tourné avec un petit budget…  En mettant des Hakkas en scène, j’avais la possibilité d’avoir une aide financière du bureau de la communauté hakka de la ville de Kaohsiung. Bien entendu j’ai étudié cette possibilité. J’étais content de le faire parce que j’ai trouvé qu’effectivement, ajouter l’élément hakka y compris le voyage à Taipei pour le parlementaire, cela a donné finalement plus d’étoffe, plus d’épaisseur, plus de contenu au film.

    La personne qui joue le rôle de l’ami du père – le réparateur de machines –, je le connaissais avant. Il est réalisateur de cinéma. C’est lui qui m’a aussi parlé de cette possibilité d’aide de la communauté hakka. C’est un Hakka engagé... C’est une des raisons pour lesquelles finalement la communauté hakka se trouve bien représentée, bien mise en scène dans cette histoire.

    Vous parlez de donner plus d’épaisseur au film. Vous avez choisi de tourner en noir et blanc dans des nuances de gris. Quelle différence à vos yeux avec la couleur ?

    Il y a beaucoup de manière de présenter les raisons pour lesquelles j’ai choisi ce gris, comme vous avez dit très justement. C’est un peu la même chose que les raisons pour lesquelles j’ai introduit les Hakkas dans le film. C’était une question d’argent. Au moment où j’écrivais le synopsis du film, j’espérais pouvoir réunir jusqu'à 700.000 euros pour faire le tournage mais finalement je n’ai eu que 100.000 euros. C’est vraiment un film à petit budget.

    Les lieux que j’avais choisis pour le tournage, certes, me convenaient puisque c’était l’histoire du film mais ces lieux sont plutôt laids et sales. Je n’avais pas d’argent pour les modifier. Je ne pouvais pas changer l’aspect d’une maison, l’aspect du port de Kaohsiung… Si j’avais tourné dans des couleurs tout à fait naturelles, cela aurait accentué la laideur des lieux et je voulais éviter cela. En utilisant ce fond noir et blanc, ce gris, la laideur des lieux est moins criante.

    Je suis allé au plus simple, en comptant sur l’intelligence et la sensibilité des spectateurs par rapport à cette histoire d’amour entre un père et sa fille. À chacun d’imaginer sa propre palette de couleurs, en fonction de ses propres émotions. En cours de route, je me suis aperçu que le tournage en noir et blanc est beaucoup plus difficile qu’avec la couleur. Pour les cinéastes de ma génération, filmer en noir et blanc nécessite de tout réapprendre. Nous avons dû résoudre de multiples difficultés auxquelles nous ne nous attendions pas, mais la persévérance a fini par payer.

    Chen Wen-Pin s’est vu décerner le prix de meilleur acteur au festival du film de Taipei. Comment l’avez-vous choisi ?
    Je n’avais pas assez d’argent pour ne prendre ne serait-ce qu’une seule vedette. Donc j’ai demandé à des amis de m’aider. Chen Wen-Pin, qui est par ailleurs un documentariste reconnu, a accepté de jouer le rôle principal. Il n’avait jamais joué avant. J’ai dû recourir à une méthode très cruelle pour le faire entrer dans le personnage. Deux ans avant le tournage, je lui ai demandé de ne plus se faire couper les cheveux. Au fur et à mesure que ses cheveux poussaient, il devenait une sorte de vagabond dans le regard des autres. Dans la rue, les gens s’écartaient sur son passage. Je voulais que Chen ressente le changement dans le regard des autres.

    Vous utilisez trois langues dans le film. Cela donne un caractère très authentique au film. Quelle a été votre stratégie ?
    Le mandarin est enseigné à l’école. C’est la langue que tout le monde parle à Taïwan. Il est utilisé dans les administrations, à l’école, etc. Le taïwanais est la langue quotidienne de la majorité des gens. En ce qui concerne le hakka, c’est un peu différent. La communauté hakka est le troisième groupe ethnique de Taiwan. C’est une langue que nous entendons moins souvent et elle est surtout parlée par les Hakkas entre eux. Effectivement le père, selon qu’il s’adresse à son ami le réparateur ou qu’il est dans une administration, peut parler mandarin, taïwanais ou hakka. Cette situation est le résultat de l’histoire des 300 dernières années de Taïwan.

    Lorsque le père se trouve avec son meilleur ami, ils utilisent la langue hakka. Lorsque le père parle avec des gens à l’extérieur mais qu’il a envie de diminuer la distance qui les sépare, il s’exprime en taïwanais et lorsqu’il a vraiment affaire à l’administration parfois un peu sèche et méchante, il utilise bien entendu le mandarin.

    Pourquoi un titre en espagnol ?
    Si on prononce ce titre en anglais – I can’t live without you – on a l’impression que c’est le titre d’une chanson d’amour, mais le film n’est pas une chanson d’amour.  Un ami taïwanais qui revenait d’Amérique Latine a prononcé cette phrase : « No puedo vivir sin ti ». C’est une phrase très commune en Amérique Latine. J’ai trouvé que la prononciation de cette phrase en espagnol était assez proche de la prononciation de cette même phrase en taïwanais et puis l’impression que j’ai de l’Amérique Latine, c’est que c’est une société où les rapports entre les classes sociales sont parfois un peu dures. Il y a beaucoup de gens très pauvres ou en marge de la société. La situation des personnages principaux de mon film était peut être assez proche de certaines situations que l’on peut retrouver en Amérique Latine. C’était donc un peu par hasard mais le hasard a bien fait les choses. J’ai trouvé que ce titre en espagnol convenait très bien et puis j’ai eu peu d’argent pour faire la promotion à l’étranger. J’ai trouvé qu’un film taïwanais en noir et blanc avec un titre espagnol cela pouvait plus attirer les gens qu’un film taïwanais en couleur avec un titre en anglais.

    Le président taïwanais a donné l’ordre à tous les fonctionnaires de regarder le film. Cela vous a touché ?
    J’ai été touché parce que j’espérais bien que ce film provoquerait des discussions, des réflexions, et ce que le président Ma a déclaré allait tout à fait dans le sens de ce que je souhaitais. Évidemment je n’aurais pas pu penser que cela aille aussi loin mais j’espérais bien que mon film fasse réfléchir.

    Est-ce que vous avez distribué votre film en Chine continentale ?

    Non, le film n’est pas distribué en Chine mais les Chinois peuvent trouver le DVD au noir, il se vend bien. Ils peuvent aussi le voir sur internet. Au printemps cette année, j’étais à Pékin et à Hong Kong. Par curiosité j’ai voulu aller dans des boutiques de DVD et acheter mon film et en fait je n’ai pu l’avoir qu’au quatrième essai parce que les trois premières fois, on m’a dit qu’on en avait eu mais que l’on avait tout vendu.
    Tous les échos que j’ai eu du côté chinois y compris du monde du cinéma sont tout à fait favorables et surtout qu’ils ont bien le sentiment que pour l’instant ils n’ont pas encore la possibilité de faire quelque chose de semblable eux, dans leur pays.

    Je ne peux pas vivre sans toi, de Leon Dai, avec CHEN Wen-Pin, CHAO Yo-Hsuan, LIN Chih-Ju (Taiwan, 1h32, 2010)

    Sortie le 27 octobre
    Paris : cinéma Reflet Médicis (5e), Le Lincoln (8e), Les 7

    Parnassiens (14e)
    Boulogne (Cinéma Landowski), Lyon (CNP Bellecour), Marseille (César), Grenoble (Le Club), Montpellier (Diagonal)

    Tiré de: http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Arts-et-cultures/Je-ne-peux-pas-vivre-sans-toi-veritable-phenomene-de-societe.html

     

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