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exposition «our body» à paris

  • «A corps» et désaccords

    Procès. La justice examinait hier une plainte pour atteinte à la dignité, à la décence et à l’intégrité des personnes, à propos de l’exposition «Our Body…», actuellement à Paris.

    Les cadavres «plastinés» de l’exposition «Our Body, à corps ouverts» étaient hier devant le tribunal de grande instance de Paris. Deux associations, Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine, réclamaient en référé l’interruption de cette manifestation, ouverte depuis le 12 février à Paris et qui présente des dépouilles humaines conservées de manière spectaculaire grâce au procédé d’imprégnation polymérique due à l’anatomiste allemand Gunther von Hagens. Motif de la plainte : cette exhibition de cadavres à des fins commerciales constituerait une atteinte à la dignité, à la décence et à l’intégrité des personnes. En outre, parmi les 17 corps exposés, pourraient se trouver ceux de condamnés à mort chinois, craignent les plaignants.

    Eviscérés. Depuis que Von Hagens a mis au point son procédé de plastination, les expositions anatomiques qui en ont résulté à travers le monde n’ont cessé de susciter la polémique. En France, c’est l’organisateur de spectacles musicaux Pascal Bernardin qui a produit l’expo avec des dépouilles fournies, assure-t-il, par une fondation de Hongkong. La chose a d’abord été présentée à Lyon l’an dernier, où elle aurait été visitée par 110 000 personnes, puis à Marseille (35 000). A Paris, la Cité des sciences et le musée de l’Homme n’ont pas désiré accueillir la manifestation, suite notamment à un avis défavorable du Comité consultatif national d’éthique. Lequel condamnait en particulier ce «regard techniciste sur les corps» et un processus industriel «qui n’est pas sans rappeler le traitement des cadavres dans les camps d’extermination lors de la dernière guerre». L’exposition a donc échoué dans une salle privée, près de la Madeleine.

    Pour les plaignants, Me Richard Sédillot s’est étonné que l’on puisse aujourd’hui «tirer profit de l’exposition de cadavres dépecés et éviscérés en plein Paris», s’interrogeant par ailleurs sur l’origine de ces «corps d’hommes jeunes, sans pathologies particulières», alors que la Chine exécute chaque année environ 6 000 personnes, dont les corps ne sont pas toujours rendus à la famille. Il a réclamé l’interruption de l’exposition, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard, et réclamé les documents établissant l’origine des corps et le consentement des personnes concernées.

    Référé. Pour la défense, Me Jean-Marie Tomasi a souligné que l’exposition avait pour objet de «désacraliser le corps humain» et que, ce faisant, «elle pourrait favoriser le don d’organes». S’est ensuivi un débat technique sur l’article 16 du code civil, qui porte sur le respect du corps humain : s’applique-t-il aussi à celui des défunts ? Auquel cas, le sous-article 16-2 - «Le juge peut prescrire toutes mesures propres à empêcher ou faire cesser une atteinte illicite au corps humain» - pourrait être invoqué pour interrompre «Our Body, à corps ouverts». Le juge des référés Louis-Marie Raingeard de la Bletière s’est donné jusqu’au 9 avril pour y réfléchir. L’exposition doit se tenir jusqu’au 10 mai, avant de migrer pour l’été à Vincennes, au parc floral. Sauf si…

    Tiré de Libération

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