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eutelsat et régime chinois

  • Eutelsat abandonne la technologie de nos satellites au régime chinois

     

    La fusée Ariane 5 au décollage le 18 avril 2008 à Kourou en Guyane française. Eutelsat, opérateur satellitaire bénéficiant de fonds publics français, a choisi un concurrent chinois au détriment de l’européen Arianespace. Cette transaction livre la précieuse technologie occidentale à la Chine communiste. Un scandale d’Etat, passé sous silence.(Getty Images)
    La fusée Ariane 5 au décollage le 18 avril 2008 à Kourou en Guyane française. Eutelsat, opérateur satellitaire bénéficiant de fonds publics français, a choisi un concurrent chinois au détriment de l’européen Arianespace. Cette transaction livre la précieuse technologie occidentale à la Chine communiste. Un scandale d’Etat, passé sous silence.(Getty Images)

    Déjà critiqué pour ses largesses en faveur du régime communiste chinois – il a en 2008 interrompu la seule télévision sinophone non-censurée diffusée en Chine – l’opérateur satellitaire européen Eutelsat enfonce le clou. En choisissant la fusée chinoise « Longue Marche » pour lancer en 2010 son satellite de télécommunications W3B, Eutelsat s’attaque aujourd’hui directement à l’industrie spatiale européenne, alors même que son second actionnaire est la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC)… c’est-à-dire les contribuables français.

    Le géant européen de l’aérospatiale Arianespace se déclare « choqué » qu’un concurrent chinois ait été choisi par l’opérateur européen Eutelsat pour lancer son dernier satellite W3B dans l’espace. Le contrat perdu par Arianespace donne à la Chine communiste accès à la technologie satellitaire européenne, et son premier ticket d’entrée au marché des lanceurs. Eutelsat a pu éviter les barrières réglementaires en supprimant tous les composants d’origine américaine du satellite W3B. La réglementation américaine en vigueur (International Traffic in Arms Regulation, Itar), interdit en effet l’exportation de composants sensibles fabriqués aux Etats-Unis vers certains pays, dont la Chine.

    Arianespace, qui a saisi le gouvernement français de la question, n’a à ce jour pas obtenu de positionnement. « Cette affaire nous laisse extrêmement perplexes car nous considérons que tout ce qui se passe dans le domaine spatial au niveau mondial doit se faire en respectant les règles édictées par les gouvernements, et notamment par le gouvernement américain, qui a de bonnes raisons de souhaiter qu’il n’y ait pas de transfert de technologie vers la Chine », a indiqué le PDG d’Arianespace Jean-Yves Le Gall, interrogé à Washington par un correspondant AFP.

    « Nous sommes d’autant plus choqués que c’est un opérateur dont le siège est à Paris et dans lequel le gouvernement français a une participation via la Caisse des Dépôts et Consignations ».

    La stratégie chinoise d’Eutelsat

    Eutelsat affirme que son choix pour la fusée chinoise s’est fait sur des critères uniquement financiers – la possibilité d’économiser environ 40 % sur ses frais de lancement.

    Cependant, une enquête de Reporters sans frontières (RSF) semble indiquer que, plus qu’une logique de réduction de coûts, le choix du lanceur vise surtout à s’attirer les faveurs ultérieures du régime chinois.

    Au cours d’une conversation enregistrée par RSF durant l’été 2008, alors qu’il pensait parler à un responsable du ministère de la Propagande, le représentant d’Eutelsat à Pékin déclare : « Bien sûr cette histoire [utilisation d’un lanceur chinois] a pour but de faire un geste envers le gouvernement chinois… parce que le PDG Ma [PDG de China Aerospace] a dit qu’il voulait introduire China Aerospace sur le marché international. »

    Dans le même entretien, le représentant d’Eutelsat admet également que l’opérateur a investi des sommes considérables pour s’assurer qu’aucun composant sensible du satellite n’ait été fabriqué aux Etats-Unis – contournant ainsi la législation Itar. « Et afin d’utiliser la fusée chinoise Longue Marche, nous avons dépensé 20 millions de plus pour un satellite sur mesure » – à comparer au coût de lancement moyen d’un satellite habituellement aux alentours de 50 millions de dollars.

    Un premier échantillon de la stratégie chinoise d’Eutelsat avait été offert au public français en 2008 : à quelques semaine des Jeux Olympiques de Pékin et en pleine montée de la censure des médias, Eutelsat avait mis fin à la diffusion en Chine des programmes de la chaîne indépendante NTDTV – qui était la seule à diffuser en Chine des information non censurées en langue chinoise. Là encore, Reporters sans frontières avait pu montrer que cette interruption dite « pour raisons techniques » était un acte prémédité destiné à plaire à Pékin.

    En janvier 2009, le Parlement européen a adopté une Résolution vigoureuse qui appelle Eutelsat à reprendre la diffusion de NTDTV en Chine. La Résolution demande aux 27 Etats-membres de l’Union européenne « de prendre les mesures nécessaires pour aider à restaurer la diffusion de NTDTV en Chine et  soutenir l’accès à une information non censurée pour des millions de citoyens chinois. » La Résolution exhorte aussi  Eutelsat à «  reprendre la transmission de NTDTV en Chine sans délai et de donner des explications à son interruption. »

    Le PDG d’Eutelsat Giuliano Berretta a repoussé deux invitations du Parlement européen à venir discuter de la question à Strasbourg. « Il est manifeste qu’il a peur de venir. Il a peur de venir et de faire face aux membres du Parlement européen parce que rien ne justifie d’avoir coupé le signal », analyse Hanna Foltyn-Kubicka, députée polonaise au Parlement européen.

    Ironiquement, le PDG d’Eutelsat s’est vu décerner le 2 avril dernier le Prix du Promoteur de la Société de l’Information de Telecom Paris Tech, un prix censé récompenser une personnalité ayant « contribué à l’essor de la société de l’information ».

    La question militaire en filigrane

    « Nous devons rester vigilants et faire que notre technologie ne termine pas entre les mains de nations qui font proliférer les armes de destruction massive… et en premier parmi celles-ci, la République populaire de Chine », a commenté le membre du congrès américain de Californie Dana Rohrabacher à Asia Times, suite à l’annonce de l’utilisation par Eutelsat de lanceurs chinois.

    Dans une lettre à ses collègues, le républicain Rohrabacher demande à l’administration Obama de mettre fin à tous ses liens commerciaux avec Eutelsat.Un rapport publié le 25 mars dernier par le Département de la Défense américain mentionne que l’accroissement du développement militaire de la Chine dépasse la simple défense de ses frontières et pose un danger potentiel pour toute la région d’Asie Pacifique. « Il y a beaucoup d’incertitudes quant aux futures directions de la Chine, en particulier quant à l’utilisation possible de sa puissance militaire », indique le rapport, publié quelques semaines après les tensions entre un  vaisseau non armé de la marine américaine et cinq navires chinois en Mer de Chine du Sud.

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