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es sanglantes émeutes interethniques

  • Chine : le Xinjiang sous une chape de plomb

    Un an après les émeutes, les Ouïgours font l'objet d'un apartheid rampant.


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    L'«empereur du Xinjiang» est tombé au printemps. Le tout-puissant, l'intouchable patron du Parti communiste du cru, a été relevé de ses fonctions fin avril. Wang Lequan tenait d'une main de fer depuis quinze ans cette immense région du nord-ouest chinois, qui abrite une forte population musulmane et turcophone. Quelques mois après les sanglantes émeutes interethniques qui avaient fait près de 200 morts en juillet 2009, les dirigeants chinois ont voulu envoyer le signal d'une nouvelle politique. Malgré cela, un an jour pour jour après les manifestations à Urumqi, le climat de peur et de méfiance a atteint une rare lourdeur.

    Côté Ouïgours, on fait le gros dos et les portes se ferment. «Parler à un étranger peut vous coûter très cher, raconte Nelza, une jeune étudiante, des milliers de gens ont été arrêtés. Mon cousin a été condamné à quinze ans de prison juste parce qu'il avait volé deux téléphones portables lors des émeutes.» La majorité des victimes de ces violences étaient des Hans, selon Pékin. Depuis, au moins 1500 personnes ont été arrêtées officiellement, bien plus selon diverses sources locales. Au printemps, 198 accusés avaient déjà été jugés et 25 -dont 23 Ouïgours- condamnés à mort. Côté Hans, on s'installe un peu dans une ségrégation de précaution, un apartheid rampant. «N'allez surtout pas dans un restaurant ouïgour, vous risquez de vous faire empoisonner», dit un commerçant. La presse officielle a annoncé il y a deux jours que 40.000 caméras de surveillance avaient été installées à Urumqi, dans les bus, les centres commerciaux, les écoles.

    Derrière la coupable et folle violence des émeutiers, les dirigeants chinois savent bien qu'il y a un terrible problème de frustration économique, un sentiment de marginalisation démographique et d'asphyxie religieuse et culturelle chez les Ouïgours. Le nouveau patron de la région, Zhang Chunxian, a reçu pour mission de lisser ces tensions.

    Comme au Tibet

    Des policiers patrouillent à Urumqi dans le Xinjiang.
    Des policiers patrouillent à Urumqi dans le Xinjiang. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

    Marié à une célèbre présentatrice de CCTV, cet ancien ministre des Transports de 57 ans a la réputation d'être un cadre ouvert et pondéré. En l'installant dans ses fonctions, le vice-président Xi Jinping l'a d'ailleurs décrit comme un esprit libéral et vanté son «sens de l'innovation». Il ne faut pourtant pas s'attendre à des inflexions majeures. Zhang Chunxian s'est empressé d'assurer qu'il allait «écraser les séparatistes». Et le Quotidien du peuple a annoncé le lancement du «projet Tianshan» -du nom d'une chaîne montagneuse du Xinjiang- destiné à «sauvegarder la culture d'État et l'idéologie».

    Comme au Tibet, la stratégie reste fondamentalement la même, en misant sur le développement pour renforcer la mainmise du centre. En mai, le bureau politique du comité central du Parti communiste a affirmé que «le développement social et économique au Xinjiang doit être renforcé de manière rapide et solide, avec comme priorité de garantir et d'améliorer la vie des gens afin que les groupes ethniques puissent être plus riches et plus heureux». L'objectif est de transformer la société à l'horizon 2020. Un nouveau plan de développement d'un milliard d'euros par an -soit 10 milliards sur la prochaine décennie- a été annoncé. Et, pour apaiser les critiques de prédation des richesses, Pékin a annoncé début juin la création d'une taxe de 5% sur les profits des exploitants des ressources énergétiques de la région.

    Mais, pour le professeur Ilham Tohti, de l'Université des minorités de Pékin, «les Ouïgours ne peuvent accepter la seule prospérité économique en échange du renoncement à leur liberté de culture, de langue et de religion». La destruction de la vieille ville de Kashgar, étape mythique de la Route de la soie, au nom de la «modernisation», est le triste symbole de cette politique peu subtile de la truelle et des billets de banque.

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