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effondrement dictature communiste

  • La Chine, pire ennemi de la Chine

    Entre le «miracle chinois» et les signes, de plus en plus nombreux, d'un repli sur soi, la Chine fait le grand écart. Si le pays est condamné à évoluer et à s'ouvrir, son régime ne semble ni capable ni désireux de le faire. Les explications par la chercheuse Valérie Niquet.

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    Que veut la Chine ? En moins d’un mois, alors que chacun loue le « miracle chinois », les autorités ont multiplié les signes de fermeture et de refus du dialogue. En contradiction avec le discours officiel sur « l’harmonie », Pékin dénonce à satiété, avec les mêmes formules, les « ingérences dans ses affaires intérieures ». 

    Car en réalité, si chaque nouvelle année depuis 2008 est célébrée comme « l’année de la Chine », le régime, lui, s’inquiète. En privé, des officiels lucides reconnaissent que, plus que les « menaces extérieures », ce qui pèse aujourd’hui sur l’avenir de la Chine se sont bien les « troubles internes ».

    Face à ces incertitudes, et ne maîtrisant pas des évolutions économiques et politiques qui dépendent de plus en plus d’intérêts très éclatés, le pouvoir espère préserver son image de puissance en multipliant les signes de fermeté et d’intransigeance.

    Alors que la Grande-Bretagne demande que l’on examine d’une manière plus approfondie le cas de Akmal Shaick, condamné à mort pour trafic de drogue, mais semble-t-il atteint de troubles mentaux, Pékin refuse de « céder » aux pressions et exécute le condamné, braquant à nouveau le projecteur sur les très grandes limites du système légal à la chinoise. Usant de son « poids économique », la République populaire arrache au Cambodge, en dépit de protestations unanimes,  l’extradition d’une dizaine de Ouïghours, qui y avaient trouvé refuge.

    Un pouvoir fragilisé
    Ce sont non seulement les Droits de l’homme qui en pâtissent, mais également l’image de la Chine en tant que grande puissance économique alors que nombre d’entreprises étrangères, d’une manière certes moins dramatique, sont elles-mêmes confrontées aux graves lacunes de ce système et peinent à faire respecter leurs droits.

    A ceci s’ajoute pour Pékin la crainte du «laisser-faire» idéologique, dans une nouvelle illustration du paradoxe de Tocqueville qui veut que c’est en s’ouvrant que les dictatures accroissent leur risque d’effondrement. 

    Le monde entier veut intégrer la Chine, et croire à une évolution « pacifique » du système sous l’influence de l’ouverture économique, mais les dirigeants chinois de leur côté craignent par-dessus tout cette évolution qui pourrait mener à la fin de la dictature du parti communiste et faire échouer la mission que Deng Xiaoping s’était fixée en lançant la politique de réformes : « préserver la direction du Parti ».

    Ceci d’autant plus que derrière la rigidité apparente, le pouvoir est de moins en moins uni derrière un leader incontesté. Les débats sur les réformes politiques existent en Chine, en dehors, mais également au sein du Parti communiste dont la force d’attraction ne repose plus aujourd’hui que sur son rôle de réseau social indispensable à toute réussite professionnelle.

    Ce sont ces débats que la direction actuelle, ou une partie d’entre ses membres, tente désespérément d’endiguer en condamnant très lourdement l’un des initiateurs de la Charte 08, l’universitaire Liu Xiaobo, à onze ans de prison pour « incitation à la subversion»,  et pour l’exemple.

    Les attentes de la communauté internationale

    Dans le même temps, après avoir profité d’une mondialisation qui a très largement servi son développement économique, la Chine se trouve confrontée, de la part d’une communauté internationale qui croit au discours officiel sur l’ouverture et l’émergence pacifique, à des attentes auxquelles le régime ne peut se plier.

    C’est le sens qu’il faut donner à l’attitude particulièrement rigide des négociateurs chinois à Copenhague. Pékin avait cru pouvoir satisfaire les attentes mondiales en matière de réchauffement climatique en annonçant en grande pompe sa volonté de réduire de 45 % l’intensité carbone de chaque point de croissance, sans comprendre que le monde attendait autre chose que des discours et des promesses non-vérifiables de la part d’une puissance qui se veut acteur majeur sur la scène internationale.

    Et la direction chinoise, dont le style de gouvernance est de moins en moins compatible avec l’intégration croissante de la Chine au système mondial, sera de plus en plus souvent confrontée à ces attentes auxquelles le régime ne peut ni ne veut répondre par crainte de ne plus rien maîtriser.

    La question par exemple de la valeur du yuan et celle des risques induits par la montée du protectionnisme, notamment aux Etats-Unis, ne sont pas résolues. Sur ce sujet, les autorités semblent inébranlables, pourtant l’économie chinoise en 2010 a besoin aussi d’une reprise de l’économie mondiale et de ses grands marchés traditionnels et la fermeture du régime nuit, contrairement aux apparences, à la capacité de négociation de Pékin. En détruisant son image de « puissance bénigne » la Chine détruit un crédit que chacun était prêt à lui accorder.

    La voie nord-coréenne ?

    Des centaines de milliers de chinois sont aujourd’hui occupés à construire des infrastructures sous-utilisées et à accroître les surcapacités de l’industrie chinoise.  Selon les autorités chinoises elles-mêmes, une large partie des fonds du plan de relance serait partie en fumée dans des investissements spéculatifs à la bourse et dans l’immobilier.

    La corruption a pris des proportions incontrôlables – selon un sondage récent elle constitue pour 83 % des Chinois urbanisés le problème majeur auquel la Chine devra faire face dans les prochaines années -  et se conjugue aujourd’hui dans certaines provinces avec l’influence des mafias. 81 % de ces mêmes Chinois pourtant privilégiés s’inquiètent aussi du fossé croissant entre riches et pauvres, que la crise a encore élargi. Le pouvoir est conscient de ces dysfonctionnements, mais semble impuissant à y remédier.

    Mais plus profondément, le drame du régime chinois actuel est peut-être que la puissance auquel il aspire survient trop tard, dans un monde qui a profondément évolué depuis la fin de la guerre froide. Alors que ses dirigeants raisonnent encore sur des critères du XIXème siècle, exclusivement focalisés sur l’affirmation des « intérêts nationaux », le monde attend aujourd’hui d’une véritable grande puissance qu’elle réponde à d’autres attentes.

    Personne ne comprend  que la Chine se comporte comme la Birmanie, la Corée du Nord, l’Iran, - dont les évènements sont suivis avec une très grande attention à Pékin – ou le Soudan, qui sont tous des partenaires proches de la République Populaire. Ainsi, la Chine est condamnée à évoluer, mais il n’est pas certain que le régime en soit capable, c’est sans doute là que se situent les limites de la puissance chinoise.


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