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ecrivain suzanne bernard

  • Une écrivaine parle du Falun Gong au début de la pérsécution

    C'était il y a 10 ans, quelques mois après le début de la persécution du Falun Dafa en Chine

    Une spécialiste de la Chine indignée par la répression contre le Falun Gong, paisible pratique populaire du Qigong, et scandalisée par l'abyssale ignorance occidentale de la spiritualité traditionnelle chinoise.

    Certains mots, aujourd'hui, ont un pouvoir terrifiant, totalitaire. Ainsi le mot "secte" qui tue aussi sûrement qu'une balle dans la tête... et fait vendre du papier ! Dans un bel élan de pensée unique en France, les médias, la presse de tout bord ont qualifié de "secte" le Falun Gong. Avant même d'instruire le procès, la peste était déclarée et le jugement rendu.

    Les causes de cet hallali ? Sans doute, chez nous, l'ignorance crasse, quasi générale, en matière de spiritualité traditionnelle chinoise (n'est-ce 1025.jpgpas à cette occasion que beaucoup ont découvert l'existence du Qigong !). Et puis, il faut reconnaître que le terrain est miné étant donné l'actuelle prolifération là-bas de charlatans et de faux maîtres qui font fortune avec le commerce des "superstitions". Mais le fait que près de 80 millions de Chinois, de toute condition, de tout âge, à travers toute la Chine, pendant plusieurs années, aient pratiqué paisiblement et dans l'estime générale le Falun Gong (reconnu officiellement en 1992 comme une Ecole dépendant de l'Institut de recherche scientifique du Qigong de Chine, à Pékin) n'aurait-il pas dû inciter à la prudence et la circonspection ?

    L'attitude correcte, honnête, en pareil cas, c'est de transmettre les informations objectivement, en se gardant de tout commentaire et jugement de valeur. Oui mais voilà, c'eût été avouer son incompétence, et surtout passer à côté de l'exploitation sensationnelle de l'événement. En avant donc, la panoplie hystérique du folklore, les articles farfelus sur la "gymnastique mystique", "la société secrète", la "mystico-politique", le "souffle vital", l'"énergie de lOEunivers"... lesquels ont charrié un déferlement de bourdes et d'âneries ahurissantes !

    La palme, sans conteste, revient à François Hauter (le Figaro, 23 juillet), qui s'en donne à coeur joie avec les Chinois qui "en se tapant les fesses chaque matin dans un jardin public participent à l'harmonie cosmique". Il me rappelle un Chinois rencontré à Pékin qui, lui, rigolait des Barbares "qui en avalant du pain et du vin croient consommer le corps et le sang de leur dieu personnel"... On peut remarquer aussi un curieux retournement : les mêmes qui d'ordinaire fustigent haut et fort le gouvernement chinois au nom des droits de l'Homme et de la démocratie se sont montrés ses suiveurs zélés en condamnant sans appel des bouddhistes par vocation apolitiques et pacifiques. Aucune voix ne s'est élevée contre la répression ! Il est vrai qu'il ne s'agit pas de dissidents et que ces bouddhistes-là comptent dans leurs rangs bon nombre de membres du Parti communiste... Ceci, n'est-ce pas, explique cela.

    Vérité (authenticité)Bonté (compassion)Patience (endurance)

    Le Falun Gong est une pratique populaire du Qigong. Le Qigong (travail sur l'énergie vitale) est né en Chine en des temps très anciens. Il existait avant même l'apparition des religions. Avec ses exercices énergétiques, le Qigong représente la base de la culture chinoise, c'est l'"âme" de la Chine. Depuis des millénaires, on vit, on respire en Chine dans un monde fabuleux, extraordinaire pour un Occidental.

    Le Falun Gong, qui a des racines bouddhistes et taoïstes, fait partie des 84 000 écoles de Bouddha, mais ce n'est pas une religion, de même que le Taishi n'appartient pas à la religion taoïste. La rapidité de son essor et l'ampleur formidable de sa propagation dans la Chine d'aujourd'hui s'expliquent en grande partie par le fait qu'il peut être pratiqué dans "la vie ordinaire des gens ordinaires". C'est tout le contraire d'une secte : les pratiquants mènent une vie de famille et des activités sociales normales. Ni inscription, ni temple, ni rituel religieux ou dévotionnel. Gratuité absolue, liberté entière pour quiconque veut quitter la pratique collective. On peut d'ailleurs "pratiquer" seul. Cinq séries d'exercices physiques conviennent aux gens de tous âges. Censés accroître l'énergie, le bien-être, améliorer la santé, développer la paix intérieure, ils révèlent sans cesse, dit-on, leur efficacité. Outre le travail du corps, le professeur Li Hongzhi (en chinois les mots "maître" et "professeur" sont utilisés indifféremment), le fondateur du Falun Gong, officiellement reconnu maître de Qigong, insiste sur l'importance des qualités de coeur et des qualités morales. Dans l'épreuve qu'est la vie, le pratiquant, non seulement doit être un homme "bon", mais il lui faut, à travers les pensées et les actions quotidiennes, tenter de s'identifier à la Loi de l'Univers, que l'on traduit par Vérité (authenticité) – Bonté (compassion) – Patience (endurance). Il existe de nombreux et impressionnants points de contact entre le christianisme et la Grande Loi.

    Dans la lettre qu'il a adressée au gouvernement et au Parti communiste le 22 juillet (jour de l'interdiction du Falun Gong), Li Hongzhi affirme : "Le Falun Gong n'a pas d'organisation, encore moins de but politique. Il n'a jamais fait partie d'aucune organisation antigouvernementale. (...) Je n'ai jamais eu de lien avec le pouvoir politique. Je n'ai fait qu'enseigner aux élèves comment « se cultiver et pratiquer ». (...) Si le gouvernement frappe les hommes de bien en les considérant comme mauvais, ce gouvernement n'est-il pas effroyable aux yeux du peuple ? En dépit des calomnies sur le Falun Gong, le peuple sait que ceux qui pratiquent le Falun Gong sont des hommes de bien. Il est facile d'arrêter les gens et de les frapper, mais les dirigeants doivent savoir qu'alors ils perdent le coeur du peuple. (...) On peut contrôler les hommes mais on ne peut contrôler leur coeur..."

    C'est en 1997 que, séjournant à Pékin, j'ai découvert le Falun Gong, grâce à des amis chinois. Dans une Chine dominée par l'argent, gangrenée par la corruption, la course au profit, la perte de valeurs et d'idéal , il m'est apparu très vite que le Falun Gong représente un profond mouvement populaire de résistance spirituelle. Il y a encore des Justes en Chine...

    Suzanne Bernard a publié :

    Une étrangère à Pékin, roman, Plon, 1986.

    Un amour à Tian An Men, roman, Messidor, 1990.

    Automne chinois, roman, Scandéditions, 1994.

    Nouveau voyage au pays d'autrefois. Lettres de Pékin, Payot, 1999.

    Tiré de Regards

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