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culture française et gouvernement chinois

  • Pierre Bergé : « Le jour où la Chine deviendra indiscutablement une démocratie... » - Partie 2

    LGE : Cette affaire a attiré l’attention de beaucoup de Chinois. Le Gouvernement chinois a lancé une campagne de propagande sur cette vente. Ils ont même dépêché un groupe d’avocats chinois pour empêcher la vente en invoquant le patriotisme et la protection de la culture chinoise. Toutefois, de nombreux Chinois ont remarqué que c’est bien le régime lui-même qui a détruit la culture.

    Comme vous le savez, cette année est très importante en Chine, c’est le 60e anniversaire du régime communiste, le 50e anniversaire de l’exil du Dalaï-Lama, le 30e anniversaire du mur de la démocratie à Pékin, le 20e anniversaire du massacre de Tian An Men et le 10e anniversaire de la persécution du mouvement bouddhiste Falun Gong. Des analystes pensent que le régime essaie à tout prix d’attirer l’attention du peuple chinois sur d’autres évènements comme cette vente aux enchères pour cristalliser sa colère vers des éléments extérieurs à la Chine. Qu’en pensez-vous ?

    Pierre Bergé : Je sais. Je pense que tout ceci est vrai. Je pense que le gouvernement chinois va tout faire pour distraire l’opinion des Chinois de la vérité. Aujourd’hui, je salue beaucoup le courage des dissidents chinois qui sont exilés. Je pense à Wei Jingsheng par exemple, c’est un ami personnel que j’aime beaucoup qui vit aux Etats-Unis… et puis il y en a d’autres, comme à Hong-Kong. J’espère beaucoup que pour l’anniversaire de Tian An Men, qui est le 4 juin prochain, nous allons être très nombreux à manifester, au Trocadéro, à la République dans une salle où il y aura beaucoup de Chinois et nous allons essayer de réunir des intellectuels français et des intellectuels chinois qui vont parler des droits de l’Homme et de la démocratie car il est complètement anormal que dans le monde libre d’aujourd’hui, on tolère au Conseil de sécurité de l’ONU des représentants d’un pays qui ne respecte pas les droits de l’Homme, qui ne respecte pas la démocratie.

    Je pense que la liberté va mal dans ce monde, que la démocratie est souvent en danger et qu’il faut la défendre. Et la défendre par tous les moyens.  


    LGE : Le Chinois qui a promis de payer par téléphone durant l’enchère a refusé de payer par la suite. Que pensez-vous de son comportement ?

    Pierre Bergé : Son comportement est totalement incorrect mais ça, ça m’est égal. Cela veut juste dire que ce monsieur est un menteur et qu’il n’a pas voulu payer. Tant pis pour lui, moi, cela m’est complètement égal.

    LGE : Est-ce que vous comptez mener des actions judiciaires contre lui ?

    Pierre Bergé : Non, non, non. Parce qu’on ne peut engager d’actions judiciaires que dans un pays libre. Aucune action ne peut aboutir dans un pays où la liberté et la démocratie ne sont pas respectées donc je ne peux engager aucune action judicaire en Chine.

    LGE : Selon la procédure, si dans un certain délai le premier acheteur ne paie pas, le deuxième acheteur peut acheter les têtes, est-ce que cela va être fait ?

    Pierre Bergé : Le délai est passé. Nous allons demander au deuxième acheteur s’il veut les têtes mais s’il ne veut pas, il n’est pas du tout obligé de les acquérir.

     

    LGE : C’est une action très courageuse. On voit rarement dans les pays démocratiques de grandes entreprises du monde libre avoir ce type de comportement.

     


    Pierre Bergé :

    Oui mais vous savez les gens pensent avec leur portefeuille et pas avec leur cœur. Moi je pense d’abord avec mes convictions. Je suis un homme qui s’est battu toute sa vie pour la démocratie. J’ai toujours fait passer le sens des libertés avant tout. Le jour du massacre de Tian An Men, je ne me suis pas demandé si c’était dommage pour Yves Saint Laurent de couper, comme ça, un lien avec la Chine, peut-être de rencontrer des difficultés pour vendre des parfums, des vêtements, en Chine… je ne me suis pas posé de question, la seule chose que je me suis dit, et d’une façon définitive, c’est que je ne pouvais pas continuer avec un pays qui venait de massacrer sa jeunesse, ses étudiants et qui venait de montrer son mépris de la liberté et de la démocratie.

    LGE : Justement, cette année est le 20e anniversaire du massacre ; pouvez-vous nous dire comment vous avez eu l’idée de fournir un local aux démocrates chinois de l’époque ?

    Pierre Bergé : Parce que c’était naturel, parce que j’avais un local et que les Chinois n’en avaient pas. Je voulais leur donner un lieu pour qu’ils puissent s’exprimer. Pour exprimer leur force et leur rejet de ce qui s’était passé ; c’était très grave ce qui venait de se passer à Tian An Men. Et lorsque j’ai inauguré ce local, tout le monde était là. Toutes les personnalités politiques, les intellectuels, tous ceux qui allaient devenir président de la République... Jacques Chirac était là... qui allait devenir Premier ministre... Lionel Jospin était là. Après, quand ils sont devenus président de la République et Premier ministre, ils ont un peu oublié tout ça, moi je n’ai pas oublié.

    LGE : Je vous remercie, Monsieur.

    Pierre Bergé : Xie xie (ndlr. merci).

    Tiré de La Grande Epoque le 09 04 09

    http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/6184/105/ 

     

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