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centaines de millions d'adolescents

  • Le regard de deux Français sur la révolution culturelle chinoise

    Que se passe-t-il en Chine? Pendant près de deux mois, des centaines de millions d'adolescents, garçons et filles, munis d'un brassard pourpre et baptisés Gardes rouges viennent de déferler dans les villes. Encouragés par Mao Tsé-toung et son second, Lin Piao, ils prétendaient extirper les vestiges du capitalisme et du féodalisme, barrer la route au révisionnisme. Les témoins occidentaux sont rares. Martine Béranger et Claude Goure ne se connaissent pas. Ils se trouvaient en Chine à des dates différentes. Ils rapportent à "L'Express" ce qu'ils ont vu.

     

     

    Martine Béranger raconte:

    Sur la Colline de l'Ouest, les Gardes rouges sont à l'oeuvre. De grandes affiches proclament: "Détruisons l'ancien pour établir le nouveau" "Mettons fin aux superstitions". Les jeunes disciples du maréchal Lin Piao ont pris ces slogans au sérieux. Des lions de pierre gisent sur le sol, décapités; l'intérieur des temples est saccagé. Je vois un groupe de Gardes rouges enfoncer la porte d'un temple. Ils passent des cordes autour des statues, les précipitent à terre et les achèvent à la pioche et au marteau...

    On ne peut plus sortir dans les rues de Pékin sans rencontrer des hommes et des femmes, âgés pour la plupart, coiffés d'un bonnet d'âne ou portant, sur la poitrine, des pancartes avec l'inscription infamante "Je suis un propriétaire foncier". "Je suis une imbécile", proclame la pancarte d'une vieille qui déambule, imperturbable, sous les quolibets de la foule.

     

    J'assiste à une séance de coiffure en plein air. Sous l'oeil vigilant des Gardes rouges, un coiffeur improvisé cisaille les cheveux longs d'une jeune fille agenouillée. Parfois, elle lève les bras pour tenter d'arrêter les ciseaux. Les Gardes rouges la frappent. On m'invite à circuler. Je fais semblant de ne pas comprendre. On me renouvelle alors l'invitation, beaucoup moins aimablement... Un peu plus loin, des monceaux de livres jonchent le trottoir: parmi eux, je distingue un Zola.

     

    Et voici le témoignage de Claude Goure:


    Dans les rues de Nankin, des groupes se forment autour de jeunes garçons et de jeunes filles qui collent des affiches, distribuent des tracts, haranguent la foule à l'aide de porte-voix. Tous portent le même brassard rouge, marqué de caractères jaunes: "Hung-wei-ping", Gardes rouges. Ils ont entre 15 et 20 ans. Un cortège avance lentement. Au milieu, un homme encore jeune, coiffé d'un chapeau de papier. Il marche tête baissée, regard vide, insensible à la foule qui l'invective. "C'est un réactionnaire", explique Chou, mon interprète.

    Retour à Pékin. J'avais quitté la capitale il y a quinze jours. Elle présente maintenant un aspect entièrement différent. Les visages, autrefois souriants, sont fermés. Les gosses n'applaudissent plus sur le passage des étrangers. Dans le hall de l'hôtel, un immense portrait de Mao a remplacé les anciennes peintures chinoises. Les paravents de grande valeur ont disparu, comme la plupart des vestiges du passé impérialiste et féodaliste.

    Sur les rares voitures qui circulent dans les rues, tous les signes de fabrication étrangère ont été supprimés, les cyclistes ont accroché à leur guidon une plaque portant une pensée de Mao. Les Gardes rouges arrêtent ceux qui ne l'ont pas. Toute la ville est en effervescence. Je vois, exposés à l'attention de la foule, une paire de chaussures à talon, des collections de timbres venant de Hong Kong, une multitude d'objets devenus indésirables en Chine.

     

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    AFP

     

     

    Le président de la République populaire de Chine Mao Zedong, suivi de son second, Lin Piao, passent devant des Chinois brandissant le Petit livre rouge en 1970.

    Il fait 38° à l'ombre quand j'arrive dans un village situé au pied de la Colline Parfumée. Sur la place, un amas d'objets divers, peintures, meubles, statues, livres, baguettes en ivoire. A une centaine de mètres, cinq vieillards - trois hommes et deux femmes - sont accroupis. ils portent un écriteau sur la poitrine: "Réactionnaires". Ceinturon en main, des Gardes rouges leur font arracher l'herbe. Un garçon d'environ 15 ans injurie un vieillard qui ne travaille pas assez vite et le frappe à coups de ceinturon. A la vue des étrangers, les Gardes rouges ordonnent aux réactionnaires de se lever. Ils les font entrer dans une petite maison basse.

    Ce même jour, en remontant l'avenue Wan Fu-chin, je remarque une équipe de Gardes rouges descendant d'un autobus. Ils sont une dizaine, gourdin à la main. A leur épaule est attaché un petit filet contenant des effets, un casse-croûte et, bien sûr, l'inévitable livret rouge, résumé des oeuvres de Mao. Ce livret, je l'ai vu partout, même sur les nageurs chinois qui rencontraient une équipe syrienne. Ils le portaient dans leur serviette-éponge et le lisaient pendant deux minutes avant d'attaquer le 100 mètres ou d'exécuter un plongeon.

    Je me risque à suivre les Gardes rouges à travers des ruelles en retrait de la place Tien-An-Men. Ils entrent dans une maison. Mêlé à la foule, j'entre aussi. Un Garde rouge me barre le passage, mais trois autres interviennent; on s'écarte pour me faire place. Des Gardes s'affairent à l'intérieur de la maison. Ils déposent dans la cour une multitude d'objets, de meubles. La foule est silencieuse, souriante.

     

     

    Tiré de l'Express:

    http://www.lexpress.fr/informations/le-regard-de-deux-francais-sur-la-revolution-culturelle-chinoise_590922.html

     

     

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