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êtres célestes

  • Mais qu’est-ce que la «renaissance de la culture chinoise»?

     

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    Petite partie de la grande peinture les 87 êtres célestes de Wu Daozi, un artiste de la dynastie Tang (618-907). Les arts dans la Chine traditionnelle étaient fortement influencés par une profonde révérence pour les divinités.

    Nous sommes assez familiers avec une forme de culture chinoise populaire occidentalisée. D’abord, il y a le légendaire buffet chinois, où l’on trouve des patates frites, jell-o et pizza à côté des egg rolls et compagnie. Pour les plus âgés, il y a les fameux films de Bruce Lee, qui s’est détourné des arts martiaux traditionnels pour fonder son propre système, le Jeet Kune Do. Pour les plus jeunes, il y a les acrobaties de Jet Li, qui pratique le wushu, un sport moderne créé par le gouvernement communiste. Pour les hommes d’affaires, il y a les gratte-ciel de Shanghai, bâtis sur d’anciens quartiers populaires. Pour les gastronomes, il y a le poulet du général Tao, dont la chinoisité est largement contestée…

    [...]

    Les productions culturelles de la République populaire de Chine (RPC) d’aujourd’hui ne sont-elles pas aussi authentiques? La libéralisation économique à certains égards de la RPC, avec son industrie touristique massive et sa société de consommation en expansion, a créé un regain d’intérêt pour la culture chinoise. Mais cette dernière a néanmoins conservé un petit côté «arme politique» des années Mao en tant que «pouvoir souple» pour les dirigeants. Quant au volet lucratif et divertissant, il rend la récupération très superficielle.

    Les raisons en sont à la fois politiques et historiques. Le régime communiste, au pouvoir en Chine depuis 1949, a tout récemment ressorti le jargon confucéen dans le discours officiel, alors qu’il avait eu comme mot d’ordre son extermination complète pendant plusieurs années. Ainsi, les slogans «société harmonieuse» et «développement pacifique» sont omniprésents chez le tandem dirigeant Hu Jintao-Wen Jiabao.

    Donc, le traditionnel discours marxiste de «lutte des classes» a été remplacé par un autre visant à ne pas donner de mauvaises idées à la majorité de la population ne profitant pas du boum économique.

    Un parallèle peut être fait entre cette récupération des concepts confucéens dans le discours des dirigeants et la récupération de la culture traditionnelle par l’appareil d’État. Avec le vide idéologique créé par la faillite du communisme, l’inefficacité du système de contrôle social par la propagande politique doit être contrée par d’autres mesures agissant comme éléments rassembleurs, autres que la menace de la force coercitive. À ce titre, culture et nationalisme jouent un rôle de premier plan.

    Dans le contexte actuel, une véritable renaissance de la culture et des arts traditionnels en Chine semble impossible en raison des mentalités, du contrôle et du lourd passé du Parti communiste chinois. Si ce dernier a été particulièrement rigoureux dans la destruction de l’héritage de la Chine, le processus d’élimination du traditionnel a débuté avant sa prise du pouvoir. Revisitons quelques éléments de cette histoire.

    La Chine prisée

    Le dédain de certains intellectuels et politiciens chinois pour leur propre culture est le fruit d’un long processus. On peut dire qu’il a été grandement influencé par le contact avec l’Occident et le raisonnement des Occidentaux. Ces derniers, lors de leurs voyages en Chine au 19e siècle, voyaient, dans l’empire du Milieu, un pays fondamentalement retardé.


    Mais cette perception elle-même était toute neuve. Au 18e siècle, il y avait un mouvement d’admiration pour la Chine en Europe, le mieux représenté par le philosophe français Voltaire. Il vouait un immense respect à Confucius, jugeant qu’il avait su communiquer les idées les plus rationnelles sur la divinité. Il énonçait aussi que le philosophe, pour connaître le monde, devait d’abord se tourner vers l’Est, «le berceau de tous les arts, auquel l’Ouest doit tout».

    Mais l’encensement de l’Empereur éclairé ne pouvait demeurer à la mode très longtemps avec la Révolution française et la montée d’un athéisme digérant mal les «superstitions» spirituelles de la Chine.

    Dans le discours des philosophes dominants suivant cet événement, le ton était devenu plutôt hostile face à la Chine. Les Allemands Hegel et Kant, entre autres, ne mâchaient pas leurs mots. Complètement à l’opposé de Voltaire, Kant a dit : «La philosophie ne peut être trouvée dans tout l’Orient… Le concept de vertu et de moralité n’a jamais pénétré la tête des Chinois.»

    Ce changement d’attitude était renforcé par les bouleversements en Europe, causés par la révolution industrielle. Le vieux continent n’avait pas besoin d’admirer l’étranger alors qu’il se découvrait une nouvelle force avec la science et que l’idéologie du progrès devenait hégémonique.

    Tous ces éléments projetèrent les pays européens hors de leurs frontières dans une entreprise de colonisation, justifiée et/ou motivée par l’idée qu’ils pouvaient répandre leur avancement sur d’autres «peuplades attardées».

    Pour la Chine, comme ailleurs, l’impact fut désastreux. Après deux Guerres de l’opium perdues contre les puissances étrangères (1839-42, 1857-60), la destruction du Palais d’été à Pékin (1860), la perte de la première Guerre sino-japonaise (1894-95) et la guerre entre la Russie et le Japon sur son propre territoire pour l’influence en Corée et en Manchourie (1904-05), la Chine est complètement dépassée et forcée de revoir son système.

    Le Japon, qui quelques années plus tôt était dans la même position précaire, prouvait à répétition qu’il avait réussi son processus de modernisation et d’occidentalisation. La Chine, satisfaite de sa gloire passée, se faisait rattrapée par des manifestations vives de l’idéologie du progrès maintenant renforcée par le darwinisme social, prônant la survie du plus fort entre pays.

    Devant ce mouvement, de plus en plus d’intellectuels chinois, certains ayant fait des études à l’étranger, voyaient les traditions millénaires de leur pays comme étant la cause directe de tous les déboires, la source de tous les maux et la solution devait venir de l’Occident et de sa science. Les plus critiques, les plus violents et les plus renommés étaient sans doute Chen Duxiu et Lu Xun, tous deux œuvrant dans le milieu littéraire et étant d’affinité marxiste. Chen fut d’ailleurs un membre fondateur du Parti communiste chinois (PCC) en 1921.

    Le communisme, selon Marx, devait s’établir dans une société industrialisée. Il était alors incompatible avec la société chinoise de l’époque, encore très paysanne. Mais l’idée de «détruire la vieille société» par la révolution violente attirait les plus désabusés par les troubles internes de la Chine et la présence étrangère abusive.

    Le communisme, en plus de l’idéologie du progrès – mettant constamment en conflit le nouveau et l’ancien – et de l’athéisme, sonnait le glas de la culture traditionnelle chinoise.

    La grande noirceur

    Alors qu’au sein de la population l’animosité contre l’ancien abondait, ce fut la victoire des communistes, en 1949, qui donna les instruments du pouvoir aux pourfendeurs du traditionnel. Campagnes politiques, purges, exécutions, les premières années du régime étaient… à vrai dire… comme les suivantes.

    Avec la Révolution culturelle de 1966 à 1976, l’assaut final sur l’héritage millénaire de la Chine était donné. Un des objectifs de cette campagne sanglante était de détruire les «Quatre vieilleries», soit les vieilles traditions, la vieille culture, les vieilles habitudes et les vieilles idées. Cette période est bien connue pour sa sauvagerie et sa folie, un temps où Mao voulait consolider son pouvoir et s’instaurer en sauveur. Les peintures de l’époque, exhibant son culte de la personnalité éhonté, le présentent comme un dieu entouré d’une aura, aura qui était traditionnellement présente dans beaucoup de peintures chinoises représentant immortels, bouddhas et grands sages.

    La culture traditionnelle était remplacée par la culture du Parti communiste, héritée de l’Union soviétique, avec l’art devenant seulement un outil politique de propagande. L’opéra de Pékin était récupéré à des fins d’endoctrinement, Mao Zedong utilisait la calligraphie et la poésie pour répandre ses idées et mêmes les formes traditionnelles de peinture étaient utilisées pour dépeindre la Chine révolutionnaire.

    Ainsi, l’abolition de Dieu du marxisme était remplacée par une tout autre symbolique, où la bienveillance était évacuée au profit de la lutte des classes et de l’adoration du président. Cette période de dix ans a causé un traumatisme inimaginable à la Chine. Plusieurs experts s’entendent pour dire qu’il s’agit d’un chaos jamais vu.

    Au niveau des arts, de la culture et de l’héritage, les Gardes rouges animés par Mao ont causé des dommages qui sont, jusqu’à aujourd’hui, encore non recensés. L’ampleur est telle, et le Parti communiste si peu enclin à revisiter cette période, qu’il est impossible d’évaluer à quel point la Chine a été ravagée. Architectures et temples détruits, livres anciens brûlés, peintures déchirées, œuvres d’art ruinées, etc. Tant la forme que la substance devaient être purgées. L’influence de la pensée des Trois écoles (confucianiste, taoïste et bouddhiste) ayant gouverné les coutumes depuis des millénaires devait être rompue en détruisant les manifestations physiques représentées par les arts et en éliminant les éléments psychologiques par la torture, les lavages de cerveau, les confessions forcées, etc.

    La pensée des Trois écoles ne forme pas un corps homogène, mais elles sont toutes guidées par des principes fondamentaux incompatibles avec l’idéologie de violence promulguée par le communisme. Elle représentait donc un obstacle abstrait à l’hégémonie du Parti communiste sur la Chine. Encore aujourd’hui, si le PCC parle d’harmonie dans ses discours, la liberté de croyance est toujours inexistante, ramenant à ce besoin du communisme de n’avoir aucune compétition dans son influence idéologique sur les populations.

    Les arts traditionnels chinois sont complètement fondés sur les valeurs traditionnelles telles qu’instaurées par les Trois écoles. Encore aujourd’hui, certains des sites touristiques les plus prisés en Chine sont à caractère religieux ou spirituel, que ce soit le mont Taishan, le mont Wudang, le temple Shaolin, le bouddha géant de Leshan, etc. Que ce soit en peinture, en poésie ou en musique, les plus grands maîtres chinois avaient presque tous un rapport intime avec une des Trois écoles, ou du moins étaient très révérencieux et suivaient la voie du milieu, telle que prescrite par les livres classiques. D’ailleurs, bon nombre d’œuvres viennent d’artistes n’ayant pas laissé leur nom, jugeant le renom et les intérêts comme ayant peu d’importance par rapport à la vertu acquise en peignant ou en sculptant une œuvre dédiée au divin.

    La renaissance

    Une renaissance des arts traditionnels chinois implique donc beaucoup plus qu’une simple démonstration de la forme. Les valeurs qu’ils sous-tendent doivent imprégner les œuvres et en être l’inspiration de base. Comment accomplir cela au 21e siècle, alors que les Trois écoles ne sont plus très à la mode, que tout va si vite, avec la technologie, la consommation, etc.? [...]


    Tiré de : http://www.lagrandeepoque.com/LGE/Divine-Performing-Arts/Mais-quest-ce-que-la-renaissance-de-la-culture-chinoise.html

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