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V-Environnement et Ecologie - Page 3

  • Un pillage organisé par la mafia

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    La Sibérie… Les forêts boréales… Sous un ciel plombé, des files interminables de wagons remplis de grumes attendent leur tour à la gare de Dalneretchensk, dans la région russe de Primorié, à quelque 9 000 kilomètres à l’est de Moscou, frontalière de la Corée du Nord et de la Chine. Ce bois sibérien traversera bientôt la frontière chinoise, où il sera utilisé pour construire des maisons, des ponts et des édifices ou bien pour fabriquer des meubles de jardin destinés à l’exportation vers les marchés occidentaux. L’affaire semble tout à fait honnête. Et pourtant, quelque chose ne colle pas.

    On estime à environ 7 millions de tonnes la quantité de bois coupée chaque année, dont 30 % seraient issus de l’abattage illégal. Un énorme négoce que contrôlent d’une main de fer les mafias russe et chinoise, et qui menace de détruire à jamais les forêts millénaires de chênes, de tilleuls, de pins sylvestres, d’épicéas et de bouleaux de la Sibérie. Au rythme actuel, la fin de l’écosystème le plus riche de l’hémisphère Nord – ultime refuge des tigres de Sibérie et source de nourriture de millions de familles – est pour bientôt. Une activité qui pèse près de 1 milliard d’euros au marché noir.

    C’est la mafia chinoise qui bénéficie le plus de ce commerce honteux. Son principal chef, Sun Laijun, est à la tête d’une fortune de plusieurs millions d’euros et dirige l’entreprise Longjiang Shanglian.

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    Le trafic de bois, surveillé de près par l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA), dont le siège est à Washington, est rendu possible par de nombreuses complicités. En se faisant passer pour des entrepreneurs du secteur, des enquêteurs d’EIA ont réussi l’an dernier à rencontrer Laiyong, le frère cadet de Sun ­Laijun. Celui-ci a reconnu qu’il versait des millions de dollars en espèces à des mafieux russes et à des policiers pour importer le bois sans avoir à payer de taxes. “Il y a le prix du transport, les pots-de-vin des ­douaniers, les frais de protection de la mafia…”, a commenté Laiyong devant les faux entrepreneurs, sans savoir qu’il était filmé. “Même la police”, a ajouté un de ses collaborateurs, “agit comme la mafia.” Les intermédiaires exigent entre 70 et 140 euros par camion de grumes, selon que les papiers des transporteurs sont en règle ou non.

    D’après Alexander Vitrik, l’un des inspecteurs en chef de la région, dans les rares occasions où se produisent des arrestations, comme celle de l’ex-maire de Vladivostok – surnommé Winnie l’Ourson –, des pressions énormes provenant des hautes sphères du pouvoir freinent les procédures. “Je ne peux pas donner de noms, mais ils sont protégés par des gens très influents.” Il admet aussi que certains inspecteurs sont eux-mêmes corrompus. En outre, des milliers d’inspecteurs ont été mis à pied. Cela n’a pas dissuadé une poignée d’inspecteurs de poursuivre leur lutte ouverte contre l’abattage illégal. A la gare de Dalneretchensk, l’activité ne connaît aucun répit. L’un des huit trains qui occupent les voies démarre en direction de la frontière chinoise, chargé de 1 800 grumes. Image vivante d’un désastre écologique colossal. Le requiem de la forêt boréale.

     

    Tiré de CourrierInternational.com : http://www.courrierinternational.com/article/2009/10/08/un-pillage-organise-par-la-mafia

  • Main basse sur le Mékong

    La politique d’aménagement engagée par Pékin sur le cours supérieur du grand fleuve commence à inquiéter sérieusement les pays situés en aval.

    Alors que la Chine s’apprête à célébrer le 60e anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Parti communiste, une manifestation de son influence grandissante passe largement inaperçue : le contrôle qu’elle exerce sur l’approvisionnement en eau de l’Asie. La géographie, en effet, a fait de la Chine le point de départ des plus grands fleuves qui s’écoulent vers l’Asie du Sud, notamment l’Indus et le Brahmapoutre, et vers l’Asie du Sud-Est, avec la Salouen et le Mékong. Ces quatre formidables cours d’eau prennent naissance sur les plateaux du Qinghai et du Tibet, une région surnommée le “Toit du monde” en raison de son altitude et de son isolement.

    Pour l’Asie du Sud-Est, le Mékong est de loin le fleuve le plus important. En 1986, la Chine a commencé à construire le premier d’une série de barrages sur les quelque 2 400 kilomètres de la section chinoise du fleuve, sans que personne ou presque ne le remarque dans les pays situés en aval. Mais, maintenant, alors que Pékin se dépêche de terminer le quatrième barrage de la série, l’inquiétude grandit au regard des répercussions possibles de ces ouvrages sur l’environnement. Au Laos, en Thaïlande, au Vietnam et au Cambodge, plus de 60 millions de personnes dépendent du Mékong pour l’eau, la nourriture et le transport. Or, selon un rapport publié en mai 2009 par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Institut asiatique de technologie (Asian Institute of Technology, AIT), les travaux chinois risquent de mettre sérieusement en péril le Mékong et ses richesses naturelles.

    Dix ans pour remplir le réservoir du plus haut barrage du monde


    La Commission du Mékong (Mekong River Commission, MRC), une agence intergouvernementale créée en 1995 par les quatre pays du bassin inférieur pour favoriser le développement durable du fleuve, fait actuellement une analyse comparative des coûts et des avantages des barrages sur le système fluvial dans son ensemble. Mais la MRC exerce une autorité limitée, et Pékin a refusé d’y adhérer, même si environ 20 % des eaux du Mékong dépendent en permanence de la Chine.


    Comme il n’existe aucun traité international régissant l’utilisation des cours d’eau transfrontaliers, la Chine se trouve dans une position dominante puisque c’est elle qui a la maîtrise des sources. Elle a le droit de développer sa partie comme elle l’entend. Elle ne s’en est pas privée, et cela sans consulter ses voisins, ni encore moins chercher leur approbation. La série de barrages qu’elle construit sur le haut Mékong, dans la province du Yunnan, produira plus de 15 500 mégawatts d’électricité pour les villes et les industries, remplaçant les carburants fossiles polluants par une hydroélectricité propre et renouvelable. La construction du quatrième ouvrage d’art, situé à Xiaowan, devrait s’achever en 2012, pour un coût de près de 4 milliards de dollars. Se dressant sur 292 mètres, il sera le plus haut du monde. Le réservoir de Xiaowan contiendra 15 milliards de mètres cubes d’eau, soit cinq fois la capacité totale des trois premiers de la série. Il faudra entre cinq et dix ans pour le remplir, en utilisant la moitié des eaux du fleuve en amont. Une fois plein, il couvrira plus de 190 km2. Avec une capacité de 4 200 mégawatts, Xiaowan sera de loin le plus grand barrage du Mékong. La Chine envisage toutefois d’en inaugurer un autre en aval, à Nuozhadu, en 2014. Il ne sera pas aussi haut, mais il absorbera encore plus d’eau (près de 23 milliards de mètres cubes) et générera 5 000 mégawatts de puissance électrique.


    Les autorités chinoises ont assuré l’Asie du Sud-Est que ces barrages auront un impact positif sur l’environnement. A les en croire, en retenant une partie de l’eau durant la saison humide, ils permettront de contrôler les crues et l’érosion des berges en aval. A l’inverse, les lâchers de réservoir en été, à des fins de production d’électricité, atténueront les pénuries d’eau en aval durant la saison sèche.


    Mais, d’après le rapport PNUE-AIT, le grand lac au centre du Cambodge, zone de l’alevinage des poissons dans le bas Mékong, et le delta au sud du Vietnam, grenier à riz du pays, seront particulièrement exposés aux changements apportés au cycle de crues et de sécheresses si particulier du grand fleuve. Le lac cambodgien du Tonle Sap est relié au Mékong. Les scientifiques craignent qu’en réduisant l’écoulement naturel des eaux de crue on ne provoque une baisse du niveau du lac et des stocks de poisson, déjà mis à mal par la surpêche et la pollution. Quant au Vietnam, il redoute qu’une diminution des volumes d’eau douce n’aggrave le problème de l’intrusion des eaux de mer et de la salinisation des basses terres dans la région du delta, où le changement climatique et l’élévation du niveau de la mer menacent d’inonder de grandes étendues de terres agricoles et de déplacer des millions de personnes d’ici à la fin du siècle.

     

    Tiré de Courrier International :

    http://www.courrierinternational.com/article/2009/10/01/main-basse-sur-le-mekong

     

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